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l’intelligence des soldats, elle ne le fut pas moins à leur âme. Ainsi, de semeuse d’épouvante qu’elle avait été d’abord, elle devint conseillère, bien plus, créatrice de vaillance, d’enthousiasme et d’héroïque ardeur.

Les plus anciens instrumens de la musique militaire (chez les Juifs, les Grecs et les Romains, puis au début du moyen âge) furent les instrumens à vent : la trompette (de plusieurs espèces), la corne, qui devint le cor et l’oliphant. C’est le contact avec les Sarrasins qui fit connaître aux soldats de Charles Martel et de Charlemagne, puis aux Croisés, les instrumens à percussion : les tambours et les nacaires. Ces derniers — ancêtres des timbales — avaient la forme de bassins de cuivre, joués par paires et à cheval. « Le tumulte qu’ils menaient, » écrit le bon Joinville, « estoit une épouvantable chose à ouïr et moult estrange pour des François. »

Alors, comme au temps, par Bossuet rappelé, des batailles et des victoires de Juda, il arrive quelquefois que l’armée « change en chœur de musique, » en chœur tout ensemble militaire et religieux. À Bouvines, le psaume Domine Deus, qui docet, entonné par un chapelain du roi de France assisté d’un de ses clercs, fut continué durant le combat. Le jour de l’embarquement de saint Louis, selon le récit de Joinville encore, aussitôt qu’hommes et chevaux furent tous entrés en la nef et que la porte en eut été « reclouse et estouppée, » le clergé, debout au « chasteau » du navire, commence de chanter à haute voix, le Veni, creator Spiritus, tandis que les mariniers « faisaient voile de par Dieu. »

Les siècles suivans, siècles d’art et de guerre, ne pouvaient manquer de favoriser le développement de la musique militaire. La trompette en devint bientôt l’instrument par excellence. De plus en plus sonore, ornée d’un « pennon, » ou banderole de satin ou de damas, enguirlandée de franges, de houppes, de tresses de soie ou d’or, éclatante aux yeux comme aux oreilles, elle était pour les uns et les autres l’emblème du commandement. On compta jusqu’à cinquante-quatre trompettes dans le cortège de Louis XI entrant à Paris après le sacre. Mais celles du Roi seules avaient licence de sonner, et quelques-unes étaient d’argent.

Historique, ou peut-être légendaire, certain tambour fut, dit-on, fait d’une matière plus rare. Zizka, le fameux chef des Hussites, aurait ordonné qu’on le tendît de sa peau, se flattant par-là de mettre, jusqu’après sa mort, les ennemis en fuite. Tambours et trompettes, batteries et sonneries, celles-là pour les fantassins, les autres pour