Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/819

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qui paraissent contradictoires. Il a la, foi impétueuse, le superbe élan, et c’est en même temps la tête la plus froide, l’esprit le plus prudent et le plus réfléchi. Quand il harangue la foule, qui boit littéralement ses paroles, on croirait entendre un apôtre : le discours achevé, le fin politique, l’homme de cabinet, attentif et laborieux, reparaît. De toute sa personne se dégage une impression de loyauté, d’honnêteté et de franchise. De là vient l’influence énorme qu’il exerce sur tous ceux qui l’approchent fil est l’objet d’un véritable culte.

M. Venizelos trouve excellentes les dispositions prises par le Haut Commissaire, d’accord avec le général Sarrail. Il est convaincu que les opérations projetées rendront impossible tout essai de résistance. Venant d’un homme qui connaît mieux que personne la Grèce, cette opinion a une importance capitale. Il affirme encore à M. Jonnart que nos troupes seront reçues en Thessalie comme des libératrices, et que, dès leur arrivée, les populations elles-mêmes chasseront les agens du roi Constantin.

La France et la Grande-Bretagne, en exigeant l’abdication de Constantin, sont résolues à écarter du trône le Diadoque, dont les sentimens germanophiles sont bien connus et qui, au 1er décembre dernier notamment, a tenu sur l’Entente des propos odieux. C’est le second fils du Roi, le prince Alexandre, qui sera appelé à lui succéder. M. Venizelos se prononce en faveur de ce prince. Pour ce qui est de lui-même, il estime qu’une fois le changement de règne effectué, il devra, avant de revenir à Athènes et de reprendre le pouvoir, laisser aux esprits le temps de s’apaiser. Un ministère de transition sera nécessaire : M. Zaïmis paraît le plus qualifié pour en être le chef. Cette période d’attente devra se prolonger peut-être plusieurs mois… Le gouvernement français était, à cet égard, exactement du même avis : M. Ribot et M. Jonnart avaient reconnu la nécessité de ne pas trop presser le retour de M. Venizelos, et d’attendre que les passions se fussent calmées. L’accord, l’identité de vues sont donc complets. Voilà qui est d’un excellent augure pour le succès de l’opération.

La journée du 8 fut employée à mettre au point tous les détails de l’entreprise. L’intendant général Mettas et le sous-lieutenant Bonnier règlent, au point de vue financier, l’achat des récoltes thessaliennes. Nouveau déjeuner chez le général