Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 43.djvu/548

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minutieux. L’impatient Guynemer a toutes les patiences. L’écolier indiscipliné de Stanislas va devenir le plus appliqué des apprentis. Ses connaissances scientifiques lui fournissent une méthode. Il accomplira des progrès très rapides dès ses premiers vols prolongés. Mais il voudra se perfectionner selon les principes mêmes de l’aviation. Élève mécanicien, il a vu construire les appareils. Il entend ne faire qu’un avec celui qui lui sera confié. Chacun de ses sens recevra peu à peu cette éducation qui en fera un instrument de contrôle et de sécurité. Les yeux, — ces yeux perçans qui excelleront à sonder le ciel, à y voir naître l’ennemi à des distances incalculables, — s’ils ne peuvent lui rendre compte du mouvement que par rapport au sol, et non relativement à l’air, sauront du moins percevoir les moindres déviations d’horizontalité dans les trois dimensions : rectitude de direction, horizontalité latérale et longitudinale, et apprécier exactement les variations d’angle. L’ouïe, si le moteur est ralenti, ou arrêté, interprète le son produit par l’air soufflant sur les cordes à piano, les haubans, les montans, les toiles. Et le toucher, plus sûr, sent à la plus ou moins dure résistance des commandes l’action de la vitesse, en attendant que ses mains adroites sachent déclencher la mort. « L’oiseau, dit le manuel de M. Maurice Percheron, a les pennes de ses plumes qui relient ses organes de stabilité à son cerveau ; l’aviateur exercé a ses commandes qui appellent le mouvement voulu du pilote et lui traduisent les actions perturbatrices du vent. » Mais ces mouvemens voulus du pilote ne seront jamais, chez un Guynemer, la résultante de réflexes nerveux. À aucun instant, fût-ce dans le plus grand danger, il ne cessera de réfléchir et de se commander à soi-même la manœuvre. La rapidité de la conception et de la décision est chez lui foudroyante, mais elle ne cédera jamais le pas au seul instinct. Guynemer pilote, Guynemer chasseur, Guynemer en pleine bataille, ne cesse pas de diriger avec son cerveau son appareil et son tir. C’est pourquoi son apprentissage est si important. C’est pourquoi il y attache, d’instinct cette fois, tant d’importance. Il a les nerfs toujours tendus et il combine ses effets. A la base de tous ses actes, il y a sa volonté, cette volonté invincible qui a forcé les portes de l’armée et les a refermées sur lui-même, prisonnier de sa vocation.

Il se familiarise avec toutes les manettes du moteur, avec