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l’exécution de leur mission plutôt que d’engager une lutte dont le résultat serait douteux. » Et les journalistes officiels s’empressèrent de reproduire dans les gazettes du 28 mai une affirmation aussi solennelle.

L’un d’eux, un peu plus tard, revenant sur l’aviation française du Chemin des Dames, prendra Guynemer lui-même à partie dans la Badische Presse[1] : « Celui qui vole là-haut, c’est le célèbre Guynemer. Il est le rival des plus audacieux pilotes allemands, la gloire de l’aviation française, un « as, » ainsi que les Français désignent leurs plus hardis combattans de l’air. C’est un adversaire redoutable, car il est absolument maître de son rapide appareil et, de plus, excellent mitrailleur. Mais l’« as » n’accepte un combat dans les airs que dans les conditions les plus favorables pour lui. Il survole les lignes allemandes à une altitude qui varie de 6 000 à 7 000 mètres, hauteur où ne peut l’atteindre aucun canon de défense antiaérienne. Ses vols n’ont jamais un but d’observation, car de cette hauteur il ne peut rien distinguer ; il ne peut même pas remarquer les mouvemens des troupes allemandes. Guynemer n’est qu’un aviateur de chasse qui attaque l’avion ennemi. Dans ce domaine ses triomphes sont nombreux, bien qu’il ne soit pas un Richtofen. Il est très prudent dans ses attaques. Volant toujours, comme nous l’avons dit, à peu près à 6 000 mètres d’altitude, il attend qu’un avion s’élève des lignes allemandes ou y retourne. Alors il fonce sur lui comme un faucon et ouvre le feu avec sa mitrailleuse. Qu’il réussisse à blesser l’adversaire ou que celui-ci, non touché, accepte le combat, Guynemer se réfugie dans les lignes françaises à la vitesse de 250 kilomètres à l’heure que lui permet son moteur très puissant. Jamais il n’accepte le combat à armes égales. Chacun chasse comme il peut. »

Chacun chasse comme il peut. Donc, le 25 mai, dans sa ronde du matin, le très prudent Guynemer aperçoit une patrouille de trois appareils ennemis qui volent vers nos lignes. Ce sont des biplaces, moins maniables que les monoplaces, mais combien plus dangereusement armés ! Sans doute, seul contre trois, s’estime-t-il sûr de la victoire. Comment engagerait-il une lutte dont le résultat serait douteux ? Il fonce sur

  1. Badische Presse du 8 août 1917.