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du cou jusqu’au bas de la poitrine et se clôt par un pendentif rouge. Voilà ce que met Béatrice d’Este pour vous recevoir au musée Brera.

Si, au contraire, c’est à Florence, au palais Pitti, dans la salle d’Ulysse, que vous lui rendez visite, vous lui trouverez une autre toilette : un corsage vert olive, décolleté, bordé d’un galon d’or tordu, d’une large bande de passementerie d’or, figurant des rinceaux et des palmettes et d’un gros galon rouge, le tout dessinant la gorge, l’épaule, et encadrant les bras. Au-dessus des manches, qui sont distinctes du corps et rattachées au corsage par des nœuds de soie noire en 8, s’arrondit une épaulette de crevés blancs. Le long des manches, des galons d’or descendent entre les crevés et encore cinq chaînettes d’or serpentent entre les galons. C’est un ruissellement d’affiquets précieux.

Toute la toilette n’est pas représentée : le buste seul est visible. C’est toujours notre buste du Louvre, vu de profil gauche, mais épaissi par l’âge et chargé de bijoux par le More. La ferronnière est un fil jalonné d’émeraudes carrées. Le derrière de la tête est emprisonné dans une coiffe de galons d’or d’un dessin régulier et quasi géométrique. Les bandeaux sur la tempe sont flanqués d’une pendeloque composée en haut d’un rubis carré, au milieu d’une émeraude carrée plus grande que le rubis, et en bas d’une énorme perle sans monture, suspendue comme poire au poirier. Autour du cou, de grosses perles rondes se serrent en un collier, d’où pend sur la poitrine un bijou fait d’une petite émeraude carrée et d’un gros rubis rond monté sur un serti très lourd et des griffes très apparentes et enfin d’une perle en poire, qui va se nicher, à demi, sous le corsage. Une longue chaînette d’or pend au-dessous et, du cou, tombe un long sautoir de corail qui va se perdre dans le cadre. C’est une des toilettes les plus minutieusement décrites qu’il y ait au palais Pitti.

Pour s’assurer une telle variété, il fallait y songer. Béatrice ne négligeait aucun détail, nul concours. Sa correspondance, où l’on ne trouve pas un mot sur les travaux des artistes qui l’entouraient, les Léonard de Vinci, les Bramante, fourmille d’allusions à ses modistes ou à ses brodeurs. Elle se fait envoyer des dessins de tentures et de robes par le brodeur de sa mère, un certain maestro Jorba, Espagnol, fameux dans cet