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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




La quinzaine qui se termine a vu, après de durs travaux, commencer la joyeuse et large moisson, toute une récolte de villes. Entre la Meuse et la mer, l’ennemi a dû se résigner à vider en hâte, pendant qu’il le pouvait encore, les poches creusées par l’avance des troupes alliées. Les Belges sont entrés à Ostende, Bruges et Zeebrugge ; avec la côte flamande, l’Allemagne perd les bases nécessaires à ses sous-marins, grâce auxquels elle s’était flattée et se targuait encore récemment de venir à bout de l’effort allié. Les Anglais ont repris Lille, Roubaix, Tourcoing, Douai, Denain, touchent à Tournai et à Valenciennes. Les Français, traversant le massif de Saint-Gobain, évacué par les Allemands, ont repris Laon et progressé jusqu’à la Serre. L’Orient répond à l’Occident. D’aussi magnifiques résultats sont plus éloquents que toute éloquence. Mais M. Paul Deschanel et M. Clemenceau, interprètes de la France reconnaissante, les ont, en les annonçant à la Chambre, dignement et noblement salués.

Cette situation désastreuse devait amener ce qui restait de l’Alliance des Empires centraux aune démarche qui pouvait encore être retardée, qui ne pouvait plus être évitée. En particulier, ce geste, le pollice verso du gladiateur vaincu, fait par l’orgueilleuse Allemagne, était chargé d’une lourde signification. Elle l’avait déjà plusieurs fois esquissé, mais comme d’une manière indirecte, détournée, et pour ainsi dire derrière le dos. Cette fois elle le dessinait largement, ouvertement, solennellement. Le vendredi A octobre, à midi, avant même de s’être présenté devant le Reichstag, le nouveau Chancelier, prince Max de Bade, qui succédait au comte Hertling, a fait remettre par le baron Romberg, ministre d’Allemagne à Berne, au chef du département politique du gouvernement fédéral, en lui demandant de la faire parvenir au Président Wilson, une note qui portait : « Le gouvernement allemand prie le Président des États-Unis