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prophylaxie anti-malarienne. Celle-ci consiste surtout, comme on sait, à détruire par une technique spéciale les gîtes à moustiques, notamment en recouvrant de pétrole les surfaces d’eau croupissante. Les résultats furent si remarquables qu’au bout d’un an la commune décida de faire dorénavant elle-même les frais de cette technique prophylactique qui avaient été d’abord supportés par la fondation Rockefeller. On renouvela l’expérience avec le même résultat dans cinq autres communes. Le résultat matériellement constaté fut que la prophylaxie contre la malaria coûtait à ces communes huit fois moins que les soins médicaux et les médicaments en un an et que, en outre, la malaria avait diminué de 90 pour 100. L’hygiène était devenue une excellente affaire, si bien que le gouvernement de l’État d’Arkansas tout entier demanda que fût formé un personnel permanent pour cette lutte contre la malaria et vota avec enthousiasme les crédits nécessaires.

Cet exemple saisissant de ce que pourra et devra faire demain, et dans le monde entier, le Bureau d’hygiène mondial pour l’éducation prophylactique des peuples a vivement impressionné les membres de la conférence.

Il est évident que le meilleur instrument de cette éducation populaire devra être cherché dans les organisations sanitaires publiques et surtout privées déjà existantes, et dont les plus importantes sont les Croix-Rouges.

Tous les délégués, au nom de leurs pays respectifs, ont été d’ailleurs d’accord pour déclarer que l’activité du bureau projeté ne devra en rien tendre à diriger et à dominer celle des Croix-Rouges nationales. Il faudra au contraire laisser à chacune de celles-ci ses habitudes, modelées sur les mœurs locales, et son autonomie, et lui fournir seulement des renseignements, des démonstrations, des directives techniques.

Le colonel Cummins a fourni à cet égard un exemple frappant des résultats que peut, par la démonstration, obtenir l’initiative privée là où l’autorité supérieure a échoué. En 1915, l’armée anglaise se trouva dans de nouveaux secteurs belges occupés auparavant par les Allemands et où sévissait avec intensité la typhoïde parmi la population, qui répugnait à se soumettre aux mesures hygiéniques des Britanniques. Ceux-ci eurent alors recours à l’aide des dames de la Croix-Rouge belge qui, par des visites dans chaque maison, des conversations persuasives et des démonstrations pratiques, amenèrent bientôt la population à se faire vacciner contre la typhoïde, à admettre l’isolement des