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que l’attaque allemande devait porter le principal de son effort, surtout aux deux extrémités de cette ligne, au fortin et sur la route de Nieuport à Lombaertzyde. L’ennemi, à partir du fortin, n’était plus séparé de nous que par un étroit couloir de 150 ou 200 mètres, qui favorisait singulièrement l’action de ses mortiers. Sa ligne de tranchées, légèrement concave jusque-là, se rectifiait à la hauteur du remblai. De ces tranchées (numérotées 1, 6, 4, 3, 2), la première seule, avec la ferme de Groot-Bamburg transformée en blockhaus et les tranchées du canal d’évacuation, avait participé à l’attaque du Boterdyck inférieur. Nos troupes, sur le Boterdyck supérieur et devant Lombaertzyde, allaient avoir affaire aux forces massées dans les tranchées 6, 4, 3, 2. Entre les tranchées 4 et 6, un saillant bétonné de construction récente menaçait directement le fortin et le redan tenus par la 10e compagnie du 2e régiment (lieutenant de vaisseau Deleuze). « Dès le début du bombardement, dit le rapport officiel, la situation dans le fortin du Boterdyck devient difficile ; le bombardement des boyaux en rend impraticable une grande partie. » Or, le fortin pris, tout le redan craque. L’ennemi le sait, qui l’a construit et qui ne peut se consoler de sa perte. Ce n’est qu’une épine dans sa ligne : ce serait une poutre bélière dans la nôtre. L’officier des équipages Laroque, qui le défend avec sa section, à 30 ou 40 mètres du redan, est atteint d’un éclat d’obus. L’enseigne de la Forêt-Divonne, qui le remplace au pied levé, s’affaisse à son tour vers neuf heures et demie. Peu à peu le tir des torpilles s’est allongé jusqu’à « toucher le saillant N.-E. de la tranchée. » À onze heures le bombardement, « fait jusqu’alors d’une quantité énorme de projectiles percutants, se renforce d’une grêle continue de shrapnells gros noirs et gros verts. Pas de dégâts importants à la tranchée » (quatre créneaux démolis seulement) ; mais le fortin est « très abîmé » et un homme de liaison vient prévenir le capitaine qu’il ne peut plus tenir. Deleuze, quoique blessé lui-même au bras droit d’un éclat de torpille, prend son revolver de la main gauche et court au forlin en criant : « Si, si, il tiendra jusqu’au dernier homme ! » Et il ne quitte la place qu’après l’arrivée d’une demi-section de renfort conduite par le maître Grimàud[1]. Sabordé, rasé

  1. Conté par le fusilier Le Marrer.