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vi. — l’enlèvement des fermes W et de l’union

C’étaient les 5e et 9e compagnies du 1er régiment qui avaient été désignées pour prendre part à l’attaque sous la direction du lieutenant de vaisseau Ferrat, adjoint au commandant Bertrand.

Le soleil descendait sur Furnes qui lui tendait son bouquet de clochers et, par cette radieuse fin d’après-midi printanier, les compagnies qui montaient aux tranchées d’un pas plus allègre que d’habitude, coupant au travers des colzas en fleurs, avaient des airs de collégiens lâchés en liberté. « Les dunes sont mauves sous le soleil couchant, notait Maurice Faivre, qui était de la fête… Des champs couverts de fleurs de colza sous le blanc des shrapnells, avec les têtes à pompons rouges courant dans les fleurs… Nous étions tous fleuris en arrivant après une heure de course aux tranchées de réserve. » Mais, vers le soir, la légère brume habituelle à ces terres humides commença de se répandre sur le paysage. Elle n’était pas pour desservir nos plans. On attendit cependant que la nuit fût complètement tombée pour entamer la préparation d’artillerie, dont les nouveaux dogmes de l’Etat-major faisaient le prélude obligatoire de toutes les attaques d’infanterie. Sans prétendre à égaler le fastueux déploiement des préparations ennemies et n’en ayant d’ailleurs pas les moyens, nous ouvrîmes à neuf heures trente du soir un feu très serré et tel que la brigade n’en avait pas encore vu ni entendu : tout l’horizon « flamboyait : » dans les tranchées de réserve, les hommes, de qui l’enthousiasme n’avait fait que croître, s’étaient « mis debout » pour assister à cette « illumination féerique » accompagnée d’un « chahut infernal. » Le tir devait se faire en trois temps, trois « roulements » de dix minutes à un quart d’heure chacun, suivant la méthode qui nous avait réussi à la Grande-Dune, mais avec l’adjonction d’un troisième temps pour tromper l’adversaire. Pendant la préparation, la 5e compagnie (lieutenant de vaisseau de Roucy) se rassemblait sur la route de Bruges, entre les tranchées 8 et DD’, prête à marcher sur la ferme W ; le 9e (lieutenant de vaisseau Béra) ralliait le champ de colza, les sections se tenant les unes derrière les autres à plat ventre, prêtes à marcher sur la ferme de l’Union. À la même heure, les Belges devaient se masser dans leurs paral-