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tout l’univers civilisé avec lui. Mais il existe cependant entre les deux consultations une analogie qui a sa grandeur, et qui ne laissepas d’être émouvante pour ceux qui peuvent évoquer des souvenirs personnels ou qui ont lu l’histoire. A quarante-huit ans de distance, la France veut oublier ses divisions passées, elle fait appel à des hommes de bonne volonté pour accomplir un grand travail : elle a le sentiment d’entrer dans une ère nouvelle.

Une année a passé depuis l’armistice. Elle n’a pas été perdue pour la réflexion : elle a permis de mettre au point des observations faites au cours de la guerre, de reviser des jugements, de définir avec plus d’exactitude les conditions d’un bon gouvernement et d’une plus grande prospérité nationale. Des élections qui auraient eu lieu au lendemain même de l’armistice auraient eu un avantage : elles auraient été dominées par les impressions toutes récentes de la guerre et de la victoire ; elles auraient reflété avec plus de fraîcheur les sentiments de fierté et d’enthousiasme, mais aussi avec moins de discernement et de maturité. Nous avons pu juger, par l’exemple de ce qui s’est passé chez nos alliés anglais, le mérite et les inconvénients d’élections faites aussitôt après la victoire. Les scrutins ont donné à M. Lloyd George dès la fin de la guerre une importante majorité. Ce résultat a été à juste titre considéré comme excellent. Mais dans la pratique, la majorité s’est révélée comme étant plutôt une coalition d’éléments divers qu’un gouvernement logiquement formé d’après un programme : les incidents qui se sont produits à la fin d’octobre à la Chambre des Communes où le ministère a été mis en minorité, puis a retrouvé le plus grand nombre des suffrages, dès que M. Lloyd George a paru en personne, ont montré comment une assemblée, élue dans l’élan de la victoire et sous l’influence du prestige d’un chef, pouvait, même avec le concours de conditions si favorables, manquer d’unité. Encore faut-il ajouter que nos alliés avaient une raison déterminante de procéder comme ils l’ont fait. Ils n’avaient pas été, comme nous, brusquement attaqués. Ils étaient entrés dans la guerre parce qu’ils avaient eu l’intelligence nette que l’entreprise d’hégémonie germanique les menaçait directement et mettait en péril la liberté du monde. Cette conception, il fallait au lendemain de l’armistice la taire approuver du peuple entier. Ce que le gouvernement britannique voulait et ce qu’il avait raison de vouloir, c’était le règlement public du passé. Pour nous, ce problème n’existe pas. Nous avons subi une agression préméditée, et toute la nation s’est levée pour se défendre. C’est aux problèmes de l’avenir que nous devons