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pangermanistes, n’est pas en état de refaire très prochainement l’effort de destruction et de violence qu’elle a accompli. Le problème immédiat à résoudre, c’est l’application des traités. Les trois grandes Puissances, par l’accord anglo-franco-américain, ont essayé, autant que les prévisions humaines et le calcul de la raison le permettent, de garantir l’avenir éloigné. C’est la Conférence de la paix qui a eu la charge d’organiser l’avenir prochain. Les traités de paix ont précisément pour objet de faire rentrer l’Allemagne dans certaines limites et de préparer la carte de la nouvelle Europe. En même temps, ils ont prévu les conditions d’exécution de ce grand travail. La Société des Nations est sinon encore la formule pratique, du moins, le symbole de la collaboration des Puissances. Cette conception d’une Société des Nations était nouvelle, et elle a été critiquée : elle répondait à une espérance des peuples, elle consacrait le principe selon lequel les Alliés allaient se mettre à l’œuvre. Ce devait être l’organisme régulateur du monde nouveau. Or cet organisme n’existe pas encore réellement. L’isolement momentané des États-Unis n’a pas seulement pour résultat de rendre difficile l’exécution de toute une série de mesures, comme le contrôle, l’organisation des plébiscites, la livraison du matériel, l’administration de certains territoires. Il donne à la paix l’aspect d’une œuvre incomplète et comme en suspens. L’Europe a tenu à ne pas se mêler des discussions qui se poursuivent en Amérique : c’est de sa part du tact et de la dignité. Elle n’a pu constater cependant sans tristesse qu’au moment où finissait l’année de l’armistice, les États-Unis étaient encore en dehors de la paix. Nous ne doutons pas qu’il ne s’agisse finalement que d’un délai, et nous croyons que le retard des États-Unis n’empêchera pas les traités d’entrer en vigueur, ni même laSociété des Nations d’avoir un commencement d’existence. Mais il est trop clair que, pour avoir toute sa force, la paix a besoin de l’adhésion et de l’appui de tous ceux qui ont travaillé à la formuler, après avoir réussi à la faire surgir de la victoire. Tant que ce résultat ne sera pas acquis, l’impression demeurera celle d’une attente. C’est celle qui domine encore aujourd’hui : nous avons l’espérance plus que la réalité de la paix. Le monde entier, pour commencer une vie nouvelle, attend la décision des États-Unis.

Cependant, il faut vivre ; il est nécessaire d’étudier un certain nombre de questions urgentes et de préparer un certain nombre de solutions. C’est le résultat que M. Clemenceau et M. Lloyd George ont cherché. On se tromperait en parlant des entretiens de Londres