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général Cadorna qu’il pourrait bien être attaqué ; différents symptômes lui paraissaient indiquer que des forces allemandes soutiendraient les Autrichiens. Mais l’usure des armées allemandes en avril sur le front franco-anglais ne permettait plus de considérer cette hypothèse comme vraisemblable. Cédant à de nouvelles demandes du général Nivelle, il se décida à l’offensive.

Le 14 mai, une première attaque heureuse lui donna le mont Cuccio qui dominait toute la région au Nord de Gorizia et, tandis que l’attention des ennemis était attirée vers le Trentin, le général Cadorna lance l’armée du duc d’Aoste sur le Carso méridional, où il obtient un beau succès. Des divisions autrichiennes, ramenées du front russe alors inerte, entamèrent des contre-attaques ; le duc d’Aoste dut reculer légèrement sa droite. Ce front garda en juin une activité moyenne, qui s’apaisa peu à peu. Cependant une savante propagande démoralisait l’armée et la nation. À Turin, la crise des vivres avait amené de sanglantes émeutes. Certains socialistes avancés prêchaient dans leurs organisations l’abandon des tranchées. Des traîtres vendus à l’ennemi et qui furent plus tard condamnés à mort agissaient en liberté, à Rome comme à Paris. Des tracts étaient répandus par tous les moyens. Leur présence jusque dans les paquets de cartouches et les pains de munition indiquait des complicités nombreuses. Des exemplaires falsifiés de journaux italiens apprenaient la nouvelle de massacres et de troubles révolutionnaires. La note du pape qui avait parlé de « massacres inutiles » était largement exploitée. — Sur le front, les soldats autrichiens étaient dressés à fraterniser avec les Italiens, et on convenait sur certains point d’une sorte de trêve.

Le front italien s’étendait sur un large demi-cercle dont les extrémités étaient appuyées au Trentin et à la mer ; c’était à ces deux extrémités que le général Cadorna avait disposé le gros de ses forces, car, si l’une d’entre elles avait cédé, tout le reste du front était compromis. Au contraire, l’offensive austro-allemande se prononça d’abord sur le centre du dispositif italien, pour se rabattre ensuite sur les ailes. Les brigades attaquées sur les pentes qui dominaient le haut Isonzo avaient été particulièrement travaillées par la propagande ennemie. Le 24 octobre, elles lâchèrent pied devant une progression commencée en pleine nuit au milieu du brouillard, et l’armée allemande