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suivent des musiques, où dominent les grosses caisses et les cuivres, se fraient, par le bruit plus encore que par la force, un passage sur le trottoir encombré. D’autres cortèges plus nombreux, précédés d’immenses policemen montés, arrêtent parfois, pour un interminable et symbolique défilé, la circulation, rejettent les files d’autos contre les trottoirs, occupent toute la chaussée.

Jusqu’à deux heures, plus tard encore, dans la nuit, le bruit, l’agitation se prolongeront, l’avenue continuera d’être cette houle de foules grouillantes, cette démence de musique et de clameurs, cette fantasmagorie effarante ou aveuglante de couleurs lumineuses, mouvantes et scintillantes.


Mardi, 8 juin.

La Convention doit s’ouvrir à onze heures, heure officielle. Dès dix heures, les longues files d’automobiles et tramways commencent d’amener les privilégiés qui assisteront aux séances : privilégiés, certes, car plus de 300 000 demandes ont été adressées, depuis un mois, aux divers comités, aux sénateurs, à tout ce qui pouvait avoir ici une influence : 15 000 seulement, c’est-à-dire la capacité maxima du Coliseum, ont pu recevoir une réponse favorable.

Les trottoirs, parfois la chaussée, ne sont maintenant que bataillons ou barrages de gigantesques policemen, crieurs de journaux, vendeurs de grape juice, monômes gracieux de suffragettes en blanc, la poitrine barrée de l’écharpe jaune, couleur du suffrage, porteuses de déclarations et étendards qui réclament éperdument plutôt que poliment le droit de vote pour les femmes. Une interminable colonne de piétons, décorés de cartes, médailles, emblèmes, vient incessamment s’engouffrer sous les multiples entrées numérotées, classées, sectionnées, de telle sorte que chacun peut, sans autre information, en regardant seulement sa carte et les affiches, trouver, du premier coup, dans le hall immense, sa section, sa rangée, son siège. L’efficiency de l’organisation est ici parfaite.

La salle du Coliseum, presque aussi vaste que celle du Grand Palais des Champs-Elysées, s’est emplie peu à peu. En bas, les 986 délégués, répartis par États, rejoignent leurs sièges ou forment groupes. Le public occupe les deux étages de tribunes en amphithéâtre, qui courent le long, des murs. L’étroite