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le parti de la paix et de la conciliation. L’Empereur ne demandait pas mieux que de marcher avec l’Angleterre. « Ah ! je n’aurais jamais cru cela de Georgie ! » s’écria-t-il naïvement quand la guerre éclata. En effet, cette admiration pour l’Angleterre était depuis vingt ans l’obsession de l’Allemagne. Faire de l’Allemagne une Angleterre, ce fut le rêve de Guillaume II, comme celui de Tirpitz, de Ballin, de tous les coloniaux, de tous les pangermanistes, de toute la noblesse d’argent, de tous les officiers de marine qui copiaient le chic britannique, de tous les élégants qui, comme le comte Gebhart Blücher, affectaient de ressembler à des aristocrates anglais. C’est cette concurrence qui devait rendre la guerre fatale. En changeant le destin de leur Allemagne continentale et agricole, en la jetant sur les eaux, dans les grandes aventures, dans les affaires et l’industrie, en construisant la flotte, les dreadnoughts et les sous-marins, ces anglomanes préparaient le choc inévitable où les deux grands impérialismes devaient se rencontrer. Le mariage de la princesse appartient à la lune de miel de cette histoire. Elle ne pouvait se terminer que par une tempête. La dame aux deux patries se flatte de connaître mieux que nous autres, pauvres gens, les « deux aspects des choses. » Le roi Edouard VII voyait plus simplement, quand il disait ce mot, dont une Anglaise devrait se souvenir : « Notre frontière est sur le Rhin. »


LOUIS GILLET.