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REVUE LITTÉRAIRE

UN NOUVEAU ROMAN DE M. HENRY BORDEAUX[1]

Il y avait longtemps que M. Henry Bordeaux n’avait donné de roman : c’est que la guerre a été longue, où il faisait de la plus belle manière son métier de soldat. Les volumes qu’il a écrits pendant cette période, à ses moments de loisir, sont de l’histoire militaire, toute frémissante et aussi d’une parfaite exactitude. Les derniers jours du fort de Vaux et Les captifs délivrés, deux épisodes de La chanson de Vaux-Douaumont, resteront comme un témoignage de foi patriotique et de vérité. Il fallait alors réagir contre les efforts d’une littérature obstinément désespérante, qui ravageait notre pays. Plusieurs écrivains composaient, de toutes les horreurs de la guerre, une image de la guerre à laquelle manquait ce qui nous a permis de remporter la victoire : le sentiment belliqueux, la flamme qui animait nos défenseurs. Image fausse, même si les éléments de cette image étaient empruntés à la réalité authentique et monstrueuse ; image incomplète, et fausse parce qu’on avait supprimé une partie de la ressemblance. On peut copier avec le soin le plus méticuleux un visage et le rendre méconnaissable, si l’on néglige ou le regard des yeux ou l’âme que révèle une physionomie. La preuve que la littérature qui mérite le nom de défaitiste n’était pas vraie, les événements l’ont fournie : c’est la victoire. Si la guerre n’avait été qu’une abjection que rien ne relevait, nous ne l’aurions pas achevée sans défaillir. La victoire dément la littérature défaitiste. Mais, avant la victoire, il importait de la démentir déjà. C’est ce qu’a fait M. Henry Bordeaux : non pas du tout, comme l’ont dit les apôtres du

  1. La résurrection de la chair (Plon).