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Levant étaient peuplées de nos collèges et de nos écoles, de nos hôpitaux et de nos orphelinats. Partout, des instituteurs français enseignaient aux enfants du pays notre langue et notre histoire ; des religieuses françaises soignaient les malades, secouraient les pauvres et les infirmes, recueillaient et élevaient les orphelins. Pour faire le commerce à l’Est de la Méditerranée, beaucoup de navires étrangers s’abritaient encore sous notre pavillon; les pèlerins du monde entier visitaient les sanctuaires de Palestine sous les auspices de la France; les religieux établis aux Lieux saints exerçaient leur ministère sous l’égide des droits que nous avait cédés le Sultan. Mais, nulle part, nous ne réservions les bienfaits de nos œuvres à nos protégés officiels. Notre clientèle ne comprenait pas seulement les catholiques; elle se recrutait aussi parmi les chrétiens des divers rites et parmi les musulmans eux mêmes. Au moment où la guerre a éclaté, nos écoles d’Orient étaient fréquentées chaque année par plus de cent mille élèves, et les malades, infirmes, vieillards et enfants assistés dans nos hôpitaux, asiles ou dispensaires, se comptaient par centaines de mille. Le plus large esprit de tolérance régnait dans tous nos établissements. La mission laïque voisinait avec les congrégations; ni la diversité des religions, ni la multiplicité des races n’altérait l’unité de notre action. Sans doute, les succès naissants de cette pénétration pacifique avaient excité l’émulation et parfois l’envie des autres Puissances; mais, dans l’ensemble, la France gardait une situation privilégiée, et c’était elle qui restait, en Orient, le porte-drapeau de la civilisation.

Or, voici maintenant que nos amis anglais vont s’établir en Palestine et en Mésopotamie. Il est à craindre que bientôt, sans qu’ils montrent contre nous aucune mauvaise volonté, leur influence ne se substitue à la nôtre et qu’à l’exemple de ce qui se passe déjà en Égypte, notre autorité séculaire ne soit peu à peu ébranlée dans ces contrées. En Palestine, l’Empire britannique a l’intention d’établir une colonie sioniste et il suffit de lire un peu régulièrement les journaux anglais pour voir quelles grandes espérances éveille ce projet chez les intéressés. Aujourd’hui, l’Alliance israélite enseigne le français dans ses écoles de Jaffa, dans sa très importante école d’agriculture de Mikweh-Israël, dans son école professionnelle et dans ses écoles primaires de Jérusalem. Le Sionisme importé par l’Angleterre nous restera-t-il aussi favorable? Nous devrons, en tout cas, défendre de notre mieux, à Jaffa, les établissements des Frères de la Doctrine chrétienne; à Ramleh, l’école de filles