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Mérimée nouvelliste


I

Dans son célèbre essai : H. B. par l’un des Quarante, Mérimée raconte que Beyle citait volontiers avec admiration cette phrase, de Metternich, je crois : « Le mauvais goût mène au crime. » Cette formule, paradoxale en apparence, enveloppe cette observation juste que la littérature n’est pas d’un côté, l’homme de l’autre. La profonde loi de l’interdépendance des organes domine la vie psychologique comme la vie physiologique. Par certains points, tout fait de rhétorique est un fait de sensibilité. Que dit d’autre l’alexandrin classique :

Le vers se sent toujours des bassesses du cœur ?

L’œuvre d’un écrivain, si nous savions bien la lire, nous initierait au développement de sa personne la plus intime, mieux que les anecdotes, toutes plus ou moins faussées par le narrateur, — mieux que les mémoires, rendus trop souvent inexacts par la défaillance du souvenir ou les illusions de l’amour-propre, — mieux que les correspondances. Le langage courant en donne la raison quand il emploie le terme de « commerce épistolaire. » Une missive est un échange, où l’envoyeur s’adapte par quelque point au destinataire. Une des erreurs de la critique moderne est d’avoir donné, dans cette science que Sainte-Beuve appelait la Botanique des esprits, une part excessive à ces documents. La vérité profonde d’un artiste littéraire se révèle plus sûrement dans l’appel intérieur qui le décide à choisir, pour se manifester, tel ou tel genre, tel ou tel style. On objectera que le désir du succès l’aura influencé, mais ne