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offrait son plus ingénieux syllogisme. Et ni le jongleur ne croyait que Notre Dame le priât d’être maladroit, ni saint Anselme n’aurait cru mieux faire en étant sot. Les écrivains qui se mettent à radoter au lendemain de leur conversion, quelle drôle de façon de remercier la Providence !

Il y a une convenance à observer, sans doute ; et ni les rythmes ni les rimes des odes funambulesques ne conviendraient à une poésie religieuse. Il faut une certaine gravité. Mais cette gravité n’est pas du tout la niaiserie ou l’ingénuité de commande. Les églises catholiques sont décorées de la sculpture la plus riche ; et la pensée catholique n’est pas vouée au dénuement. Des ornements qui ne soient pas des oripeaux, une allégresse qui ne soit pas de la folâtrerie, se concilient parfaitement avec la religion la meilleure. Et M. Louis Le Cardonnel, qui l’a compris, n’a point renoncé aux délices de la littérature : sa religion ne les lui interdisait pas.

Cette poésie, que ne gâte aucun pharisaïsme, ne fait point la dévote et la recluse. Elle va dehors ; elle est sensible aux voluptés de l’air, à ses langueurs.

Il vient des sons de cloche à travers les feuillées
Taciturnes et sans oiseaux,
Et c’est un vol traînant d’heures ensommeillées
Oui s’est abattu sur les eaux.

Elle est sensible aux douceurs de l’automne et à ses frissonnantes mélancolies :

Automne merveilleux, automne qui me dores
L’horizon de la vie encore cette fois,
Toi qui, si doux, épands les feux de tes aurores
Et ceux de tes couchants aux limites des bois ;

Mélancolique automne, avec qui l’on voyage
En des mondes de songe et de sérénité,
Bel automne pour qui, sous le dernier feuillage,
Un oiseau, mais tout bas, poursuit son chant d’été…

Elle est sensible aux alarmes de l’âme que tourmente la solitude et qui se plaint de n’être pas égayée d’amour. Elle n’éconduit pas de tels regrets, ne leur ôte pas leur acuité, ne les déguise pas et ne les guinde pas :

Jeunesse abandonnée à tes rêves chantants,
Ma jeunesse, demain tu seras consumée ;