Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 59.djvu/661

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

Mon avril n’aura pas connu de vierge aimée,
Je n’aurai pas servi l’Amour dans mon printemps…

L’Amour qui me dédaigne, et qui pourtant m’est cher,
A jamais laissera mon âme vide et close :
Voici venir là-bas, sur la route morose,
L’automne qui se hâte et le précoce hiver.

Mon chant d’exil arrive à sa dernière note :
Il me faudra subir l’antique et sombre loi
Sans que le bal Amour, l’aile ouverte sur moi,
Ferme en pleurant mes yeux d’un baiser qui sanglote !…

Profanes regrets ? Ou, plutôt, les prémisses d’une argumentation qui aboutit à consoler par l’amour divin l’âme que les félicités de l’amour humain n’ont pas divertie. Mais, dans l’expression de ces profanes regrets, si la décence est gardée, la volupté n’est point absente. La véritable foi rend inutile une vergogne hypocrite.

Aucun des sentiments humains n’est refusé, ni l’exquise tendresse, ni la simple amitié. Mais, celle-ci, les plus nobles soucis de la pensée au lieu de la refroidir, réchauffent d’une admirable ferveur. Et le poème de M. Louis Le Cardonnel, intitulé l’Inspirateur, le prouve.

La même poésie, que nous avons vue dehors subir l’émoi des musiques, des odeurs et des couleurs, chanter les souvenirs, les paysages, célébrer la création fleurie, avec une allégresse quasi mondaine et plutôt franciscaine, la même poésie, M. Louis Le Cardonnel sait aussi la rappeler, la ramener, puis l’enfermer à la méditation des Écritures. Le poème intitulé Nuit sur les Écritures est, ou je me trompe, l’un des plus beaux et parfaits poèmes chrétiens de notre littérature.

Il commence par l’évocation brève d’un paysage de soir et de lune ; puis la lumière de la lampe a remplacé le clair de lune : et la méditation remplace la rêverie. Tandis que les doigts du poète tournent les feuillets du saint livre, — « voici flotter l’odeur des vignes d’Engaddi ! » — d’invisibles présences planent auprès de lui : l’une d’elles, et qui se pose et ne bougera plus, est la Sagesse.

Elle lit, au livre saint, la vérité ; le poète l’écoute. Elle lui dévoile les origines et lui déroule les conséquences. Elle le guide parmi la quantité des ancêtres qui sont nés « des flancs de l’Eve immense et de l’immense Adam, » l’unit aux patriarches et à leur geste levé vers le Très Haut, le conduit à Moïse et à l’arche qu’embrase un feu soudain. Le Sinaï annonce le Thabor. Et, au milieu des candélabres d’or,