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s’évanouir. Le colonel House, toujours prêt à chercher les solutions conciliantes, prit cependant sur lui, en l’absence de M. Wilson, de communiquer à l’Italie et au Royaume des Serbes, Croates et Slovènes, un nouveau projet transactionnel qu’avait élaboré M. André Tardieu et qui consistait dans la création d’une sorte d’État tampon, formé par la ville de Fiume et par son hinterland. Le sort définitif de cet État devait être réglé plus tard par un plébiscite. Sur ces entrefaites, éclataient à Fiume les incidents les plus regrettables. Notre armée des Balkans y avait conservé l’une de ses bases. Les 29 et 30 juin, plusieurs de nos soldats étaient tués ou blessés par des Italiens ; le 9 juillet, ces rixes sanglantes se renouvelaient et s’aggravaient. Dans sa séance du 8 juillet, le « Conseil suprême », voulant, tout à la fois, fixer les responsabilités et pacifier les esprits, décidait d’envoyer à Fiume une Commission d’enquête, composée de quatre généraux, représentants de l’Amérique, de la France, de la Grande Bretagne et de l’Italie.

Le délégué de l’Italie était le général de Robilant, dont la valeur morale et la valeur militaire sont également au-dessus de toute discussion. L’enquête ne laissa aucun doute sur la culpabilité du commandant italien. Les quatre généraux furent unanimes à demander la dissolution du Conseil national et l’élection d’une municipalité sous le contrôle d’une Commission interalliée, la dissolution de la Ligue des volontaires de Fiume, la réduction du contingent italien à une brigade d’infanterie et à un escadron de cavalerie, la nomination d’une commission interalliée qui aurait le contrôle de l’administration communale, et des instructions judiciaires contre divers Italiens. En même temps, dans l’intérêt d’un plus rapide apaisement, elle proposait, non pas la suppression ni la réduction de la base navale française, mais seulement le changement de personnel ; et elle exprimait le vœu que le maintien de l’ordre public fût confié aux polices anglaise et américaine.

Le jour où la police anglo-américaine devait prendre son service à Fiume, le 12 septembre 1919, le major Reina y faisait son entrée, au nom de Gabriele d’Annunzio, et y préparait celle du poète soldat. Aujourd’hui désabusé, le major Reina écrit à d’Annunzio des lettres amères et avoue que l’un et l’autre ne sont allés à Fiume que pour y paralyser l’œuvre de la Commission d’enquête; et, en effet, la police anglo-américaine ne s’est pas installée dans la ville, les troupes alliées s’en sont éloignées et ce sont les arditi qui les ont remplacées.

En France et peut-être en Italie, beaucoup de personnes ont cru