Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 59.djvu/672

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mémorandum commun du 9 décembre et qu’en particulier, il ne souscrirait pas à un accord, même direct, qui assignerait à la Yougo-Slavie une compensation territoriale dans le Nord de l’Albanie. En même temps que s’échangeaient ces télégrammes, des pourparlers avaient effectivement commencé entre M. Trumbitch, M. Nitti et M. Scialoja; ils s’étaient poursuivis à Londres, à Paris, à Pallanza, et ils étaient en pleine activité, dans cette dernière résidence, le 11 mai 1920, lorsque le ministère Nitti fut mis en minorité à Montecitorio. La déclaration d’Aix n’innove donc pas sur ce point important. Elle innove d’autant moins que, dès le 29 août, M. Giolitti s’était décidé à reprendre la procédure qu’avait adoptée M. Nitti. Il retourne à Pallanza, et il a raison. Quant à nous, nous ne pouvons que considérer avec sympathie les efforts que feront, pour arriver enfin à une entente, les gouvernements de Rome et de Belgrade. Assez longtemps, nous nous sommes essayés dans le métier difficile et ingrat d’arbitre et de courtier. Toutes nos tentatives de conciliation ne nous ont procuré que des déboires. Laissons les intéressés, qui sont majeurs, régler leurs affaires entre eux. Restera, il est vrai, la réserve que M. Wilson avait mise à son assentiment. Mais peut-être les événements la rendront-ils sans objet. Les Albanais se sont déjà chargés d’y satisfaire en partie et l’Italie a évacué tout leur pays. Espérons qu’au Nord, ce n’est pas dans le sang de nouvelles batailles que Yougoslaves et Albanais chercheront à tracer leur frontière. Je sais que d’Annunzio a dit un jour que dorénavant l’Adriatique tout entière devait être le golfe de Venise; mais, tout de même, l’Adriatique est assez vaste pour que des peuples libres puissent s’y baigner à l’aise.

Après de si longues négociations et de si pénibles malentendus, l’entrevue d’Aix a donc été un vrai soulagement. Elle a permis à la fraternité latine, que M. Gustave Rivet célébrait le 20 septembre au Capitole, de se ressaisir et de se réchauffer. C’est beaucoup. Mais elle n’a point accordé la politique des deux nations vis-à-vis de la Russie. Il a été heureusement reconnu que l’exécution du traité de Versailles était une nécessité vitale pour la France, mais on a cru devoir promettre aux vaincus « une modération bienveillante » qu’il eût été plus prudent de ne leur témoigner qu’après avoir reçu d’eux une preuve de bonne volonté. On a expédié à M. Lloyd George un télégramme cordial; mais M. Lloyd George, qui avait conféré avec M. Giolitti à Lucerne, n’était pas à Aix avec MM. Giolitti et Millerand. Ne nous faisons pas trop d’illusions; nos alliances ne sont pas encore entièrement guéries de la fièvre qui les a minées; grâce à la fermeté et à