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communication facile tous les membres de la République des Lettres. »

Ce Lycée tout neuf, qui s’entr’ouvre timidement, il se développera, parce qu’il porte en lui le germe de la pensée française.


11 novembre.

En ce jour, anniversaire de l’armistice, nous allons, avec quelques jeunes Français, au cimetière de Mayence. C’est un doux cimetière, tout herbu et feuillu, peuplé de souvenirs français : croix de bois des nôtres morts depuis l’occupation, pauvres fosses des combattants de la grande guerre décédés en captivité, cénotaphe des prisonniers de 1870, tombeau de Jean Bon Saint-André, — et surtout peut-être ce monument élevé par la ville de Mayence aux enfants du pays qui servirent dans la Grande Armée.

La tombe de Jean Bon Saint-André est près de l’entrée : c’est une pierre toute simple, mais non sans grandeur. Pieusement entretenue, elle a gardé toute fraîche l’inscription qui commémore la volonté du Préfet français d’être inhumé en terre mayençaise. Aux pieds est déposée une large palme sur laquelle on lit : « La Ville de Mayence à Jean Bon Saint-André. »

Au sommet du cimetière, se dresse le monument élevé par la Cité aux soldats mayençais de la Grande Armée. Quoique un peu lourd, et comme écrasé par l’énorme casque qui le domine, il est de pur style Empire, et l’ensemble est grandiose. Au bas s’étalent de grosses gerbes toutes fraîches, dont l’une apportée par le général commandant l’Armée du Rhin, une autre encore par le Bourgmestre et son Conseil. Sur les quatre faces du mausolée, se lisent les noms des braves gens qui ont servi fidèlement la France dans l’épopée et dans la défaite napoléonienne. J’en compte 202. Beaucoup sont devenus officiers, ou reçurent la Légion d’honneur. L’un d’eux n’est mort qu’en 1883. Voici Gottsleben, qui fut capitaine au 16e d’infanterie, Wurtz, un autre capitaine, Zuhlehnen, un sous-lieutenant décoré, Korn, brigadier au 2e régiment des Gardes d’honneur, Moyat, chasseur de 2e classe au 1er Régiment de la vieille garde, également décoré. Et ces listes, où je ne relève que quelques noms, et ce monument, on le retrouve à Coblentz, à Kreuznach, à Trêves, à Worms.

Comme on comprend devant ces pierres et ces noms obscurs