Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/113

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Français et des Belges. Quel que soit son goût de la culture française, il n’aime guère notre occupation : « Vous nous avez accablés de soldats, » dit-il. Je vois bien que les attaques des journaux prussiens ont porté sur lui : il est convaincu que nos troupes accaparent en ce pays logements et vivres. Et puis, il a un de ses neveux encore prisonnier en France : et cela, il ne peut nous le pardonner.

— La guerre est finie : les Anglais ont libéré depuis dix mois leurs prisonniers. Vous gardez les vôtres. C’est inhumain.

Je puis au moins lui faire connaître qu’à la suite de la ratification du traité, son neveu, comme Rhénan, va lui être rendu incessamment. Sa figure en rougit de joie.

Au reste, si le professeur V… a quelque amertume contre ce qu’il croit la politique française, il déteste franchement Berlin, ses junkers et ses socialistes, et il préfère notre occupation à un retour des militaires prussiens ou à une irruption des spartakistes. C’est par lui que j’apprends l’existence de cette Union populaire rhénane fondée à Boppard, qui réclame l’autonomie des pays rhénans dans une Allemagne fédérale.

Au fond, cet homme-là souffre. Il souffre de sa situation amoindrie, de sa nourriture insuffisante, de ses incertitudes sur l’avenir. Mais ce n’est pas un ennemi.

Mme S. est fort amusante. Elle secoue vigoureusement son ami, qui ne sait pas se défendre. Elle lui reproche d’être un naïf, de croire sans discuter les fables de journaux pangermanistes, de n’avoir pas le courage de suivre les chefs énergiques comme Dorten, d’hésiter sans cesse et de gémir toujours. Le professeur V… finit par rire de bon cœur.

Qui ne devine l’action que des Français loyaux finiront par avoir sur de tels esprits ?


22 février.

Depuis que la ratification du traité de paix leur a rendu l’autorité en Rhénanie, les Prussiens petits et grands ne cessent de montrer leur mauvais vouloir à notre égard. Les premiers, au signal de quelque chef d’orchestre invisible, les journaux de Berlin, de Francfort, et même de Cologne ont repris le ton gallophobe insolent et agressif ; ils inventent chaque jour, d’ailleurs sans art, quelque nouvelle atrocité commise par nos soldats ; à les en croire, on trouverait presque quotidiennement dans les