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subir visites lentes et minutieuses à Neunkirchen, à Sarrebruck, à Forbach. Mais cette frontière que les prohibitions prussiennes ont dressée, si elle a pu gêner l’œuvre française en Rhénanie, ne l’a pas arrêtée. Nos écoles, maintenant installées, vont se multiplier en octobre ; notre commerce, un moment hésitant sous les coups de Berlin, reprend vigoureusement, nos artistes triomphent à Wiesbaden. Certes, ce ne sont encore là que faibles pousses, et le Prussien guette, qui compte les arracher Mais les racines sont profondes et vivaces, et, malgré les tempêtes d’Est, l’arbre français tiendra et s’étendra.

Et de ce peuple, qu’adviendra-t-il ? Réveillée par notre esprit, enrichie par notre négoce, la Rhénanie va-t-elle revivre ? Reverrons-nous les temps prospères et pacifiques des Electeurs et des Républiques bourgeoises ?

Fermement, je le crois.

Ce peuple, ce qui le maintient encore comme en torpeur, c’est l’emprise du fonctionnaire du Reich, c’est l’incertitude de son sort, c’est sa finance délabrée, c’est la faim. Qu’il puisse enfin retrouver le droit à disposer de lui-même, qu’il réussisse à abroger ces détestables édits d’interdiction d’importation et d’exportation, qu’il impose comme seuls fonctionnaires en son territoire des Rhénans, — et les forces qui le travaillent et auxquelles il n’ose encore céder l’emporteront. Il reprendra sa destinée historique le long du Rhin, et, comme autrefois, les grands courants de la civilisation et du commerce l’inclineront vers l’Occident.

Ce peuple placide et bonasse, il ne nous hait pas et nous ne le haïssons pas, quoique germanique ; il n’aime pas le Prussien, et nous non plus. Il se défiait de nous, — et s’en défie encore quelque peu, parce qu’on l’a nourri contre nous de préventions hostiles. Mais déjà, de nous voir si sociables, le voici qui, comme hésitant et encore tremblant aux voix de Berlin, nous tend la main. Les vieux souvenirs se réveillent, et il se rappelle les alliances nourricières d’autrefois.

Ces Rhénans, le gigantesque appareil de l’Armée et de l’État prussiens les écrasait. Maintenant que, malgré tous efforts, il git à terre, la Rhénanie, comme toutes les anciennes Allemagnes, ressuscitera.


ALBERT MALAURIE.