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Le mysticisme démocratique
dans l’œuvre de George Sand


Il y a quelques années, certain compositeur de musique était sur le point de faire représenter à Paris un opéra de sa façon. Il fut copieusement interviewé, selon l’usage, pendant les jours qui précédèrent la première représentation de son œuvre ; et, dans son enthousiasme de créateur, dans la certitude anticipée de la victoire, il crut pouvoir affirmer à ses visiteurs professionnels que le collaborateur de tout artiste digne de ce nom n’était autre que Dieu lui-même ! Ce fut une hilarité générale sur le boulevard : les revues de fin d’année s’emparèrent de l’incident et l’on y montra le musicien donnant à ses amis quelques précisions sur son céleste compagnon de travail. C’est que le mysticisme romantique, qui continue d’être autour de nous la religion dominante, a quelque peu modifié son vocabulaire depuis le milieu du siècle dernier. Des prétentions sacerdotales et des gestes hiératiques qu’il conserve, il ne donne plus aussi franchement l’explication que naguère. Pendant la jeunesse de Hugo, de Vigny ou de George Sand, la phrase qui provoqua l’éclat de rire des bureaux de rédaction aurait été regardée comme un lieu commun, un truisme, une vérité incontestable et incontestée. Mais nous avons à peu près tout gardé du romantisme de 1830, sauf la conscience claire de notre mysticisme foncier : nous n’assimilons plus guère au Dieu biblique et chrétien l’Allié métaphysique dont l’appui nous parait acquis à notre originelle volonté de puissance ; cet Allié que Rousseau et ses