Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/145

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Certes Sand condamne la guerre civile, et son geste hiératique prétend à calmer de la main ceux qu’elle excite de la voix : « Jamais dans l’avenir tu ne recommenceras le passé (terroriste), dit-elle au peuple ameuté par ses cris de menace. Dans le passé, tu as été l’homme du passé, tantôt sublime et tantôt criminel. Reconnais la faute de tes pères et pourtant, vénère et bénis le nom et la mémoire de tes pères, qui furent à la fois grands et coupables ! Ceux qui les haïssent et les condamnent d’une manière absolue font le procès à Dieu même ! » Toujours le recours mystique en dernier ressort ! Mais le groupe social conquérant qu’elle désigne sous le nom de peuple répondrait fort congrûment à ces singuliers avis de modération (et lui répondra bientôt en effet par ses actes) : « Coupables, criminels même, nous le serons donc à notre tour et sans grand scrupule en vérité, puisqu’au regard des mystiques de l’avenir nous avons chance d’être pareillement grands, vénérés, bénis, sublimes et patronés de Dieu en personne sous prétexte que notre conscience n’avait pas encore reçue du ciel les lumières suffisantes à nous détourner du geste qui tue ! »

Au début d’avril, invitée par ses amis du Gouvernement provisoire à leur rendre ce bon office, Sand rédigera de sa main le XVIe Bulletin officiel de la république récente, proclamation qui hâtera le mouvement de réaction par son illuminisme violent : « Pour un bulletin un peu raide que j’ai fait, sera-t-elle contrainte d’écrire au lendemain de cette équipée, il y a un déchaînement incroyable contre moi dans toute la classe bourgeoise ! » Et, peu après, elle se verra réduite à plaider sur ce point les circonstances atténuantes : « Je crois, écrira-t-elle à Girerd (un avancé cependant) que tu dois blâmer la brutalité du XVIe Bulletin. Pardonne-moi ce péché que je ne puis appeler un péché de jeunesse… Il n’y avait qu’une femme assez folle pour oser l’écrire. Aucun homme n’eût été assez bête et assez mauvaise tête pour faire tomber de si haut une vérité si banale ! » Les derniers mots sont une tentative d’excuse ou même d’apologie : les avant-derniers expriment une profonde vérité psychologique que nous avons déjà formulée plus haut et qui rappelle les origines féminines du mysticisme qui gouverne présentement nos âmes. Elle écrit encore en ce temps qu’il semble fort équitable au premier coup d’œil de tout reprendre à celui qui a tout pris : « Les riches, ajoute-t-elle, voient bien que