Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/156

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


le projet de s’expatrier. Le pays qu’il choisit, pour la liberté qu’il en attend, et aussi parce qu’il en apprécie le climat, est la Hollande. Il devait y rester vingt ans. Il y a conçu, exécuté, publié toute son œuvre. Ainsi la Hollande a sa part dans la gloire de notre Descartes, Elle a abrité la méditation du philosophe et servi à l’éclosion de son génie.

C’est ce souvenir que viennent de commémorer les fêtes célébrées à Amsterdam, à 16 octobre dernier, avec un grand éclat. L’idée est partie d’un groupe d’admirateurs hollandais de Descartes. Un Comité se forma, sous la présidence du docteur van der Schalk, assisté de M. de Vries Feyens, et se mit en rapport avec l’Alliance française. On sait quel admirable instrument de propagande est cette association, qui a pour président M. Poincaré, et à laquelle M. Paul Labbé, en qualité de secrétaire général, consacre le plus beau dévouement. Il fut décidé qu’une plaque serait apposée sur la maison qu’habita Descartes à Amsterdam dans l’été de 1634. L’Université d’Amsterdam, en prêtant son cadre à ces fêtes, le gouvernement hollandais en s’y associant officiellement, en ont marqué la signification véritable et leur ont donné une portée qui dépasse singulièrement celle d’une simple cérémonie locale. J’ai eu l’honneur d’y représenter l’Académie française.

La principale manifestation s’est déroulée dans l’Aula de l’Université. De la « chambre du sénat, » le cortège des professeurs en robe s’est dirigé vers la salle des séances publiques. C’est une longue salle carrée, à galerie et à colonnade. On y voit un portrait de Descartes peu connu et des plus curieux. Le public est venu en foule. Le gouverneur de la province, le jonckeer Roël, le bourgmestre, M. Tellegan, la municipalité, les membres de l’Université, auxquels se sont joints le ministre de France, M. Charles Benoist, et toute la légation, entourent la chaire. Tout à fait typique, au fond de la salle, cette chaire haut juchée, à laquelle on accède par un escalier, position élevée d’où les divers orateurs, qui vont s’y succéder, répandront sur l’auditoire la manne de leur éloquence.

Ab Joce principium. Le recteur de l’Université ouvre la séance. Il dit ce que Descartes représente pour ses compatriotes ; et c’est pour nous un plaisir singulièrement instructif d’apercevoir, à travers son ferme langage et ses formules concises, un Descartes vu du côté hollandais. Rien n’est curieux comme de