Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/176

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


batailles livrées contre les Russes. Après 1795, les conditions politiques de la Pologne devinrent peu favorables au développement de relations normales entre Juifs et Polonais. Cependant, au cours des insurrections nationales, les Polonais éclairés s’efforcèrent toujours d’intéresser les Juifs à la cause de la libération et le plus souvent y réussirent. Des israélites importants prirent part aux insurrections de 1831 et de 1863. En 1861, le chef de l’administration civile du royaume de Pologne accorda aux Juifs l’émancipation complète et établit l’égalité de droits, sans aucune restriction entre eux et les Polonais chrétiens. Le gouvernement russe jugea ce rapprochement incommode et s’empressa de faire renaître la discorde. Après avoir détruit l’autonomie de l’ancien Royaume, il remit en vigueur toutes les lois d’exception appliquées jadis aux israélites. Le résultat poursuivi fut bientôt atteint ; la masse juive se détacha complètement de la nation polonaise.

Cependant, en Pologne, l’opinion publique restait indulgente aux Juifs, et elle demeura telle jusqu’aux environs de 1895. Alors le gouvernement de Pétersbourg s’avisa d’un autre moyen : il expulsa les Juifs de Russie et en inonda le territoire polonais. Les nouveaux arrivants (litwacy) étaient tout à fait étrangers à la Pologne ; ils devaient désormais rendre vain tout effort d’assimilation et faire prévaloir les tendances séparatistes du nationalisme israélite. Un journaliste juif d’Odessa, Zabotinsky, employa le premier le mot : « Judéo-Polonia, » qui éveilla les inquiétudes et la haine des Polonais. Ceux-ci, pour se défendre contre la russification, n’avaient d’autre moyen que leur langue : les nationalistes juifs s’efforcèrent d’en arrêter la diffusion, et de la supplanter par le jargon, dont leurs écoles et leurs journaux répandirent l’usage. Les Polonais commencèrent à détester les Juifs, à les traiter en ennemis et en traîtres. De ce sentiment les « démocrates-nationaux » se firent une arme politique. Les élections pour la quatrième Douma, en 1912, furent le prétexte et le point de départ d’une vigoureuse action antisémite. Les Juifs, ayant obtenu la majorité à Varsovie, n’osèrent pas envoyer à la Douma un homme de leur race et élurent, comme député de la capitale polonaise, un socialiste international. Les Polonais répondirent à cette provocation en proclamant le « boycottage économique » des Juifs, et de ce jour date la campagne entreprise pour « nationaliser » le commerce en