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vieille dame a un but à atteindre, elle n’y va pas par quatre chemins.

L’acte finissait, et il y eut un remue-ménage général dans la loge. Tout à coup, Newland Archer se sentit amené à une action décisive. Son désir d’être le premier à entrer dans la loge de Mrs Welland, de proclamer publiquement ses fiançailles avec May, et de la soutenir au milieu des difficultés, quelles qu’elles fussent, où la situation compromise de sa cousine pouvait la jeter, mit fin d’un seul coup à ses scrupules et à ses hésitations. Il se leva, et par le corridor circulaire gagna l’autre côté de la salle.

En entrant dans la loge de Mrs Mingott, il rencontra le regard de Miss Welland, et vit qu’elle avait immédiatement deviné pourquoi il était venu. La réserve que tous deux considéraient comme une si haute vertu ne permit pas à la jeune fille de formuler sa pensée ; mais le fait même qu’ils se comprenaient sans mot dire, elle et Archer, les rapprocha plus qu’aucune explication n’aurait pu le faire. Le jeune homme lisait dans ses yeux clairs : « Vous voyez pourquoi maman m’a amenée ce soir, » et elle devinait dans les siens la réponse : « Pour rien au monde, je n’aurais voulu que vous ne fussiez pas venue. »

— Je crois que vous connaissez ma nièce, la comtesse Olenska, dit Mrs Welland, en serrant la main de son futur gendre.

Archer salua ; Ellen Olenska inclina légèrement la tête, sans lui tendre la main gantée de clair, dans laquelle elle tenait son éventail de plumes d’aigle.

Ayant adressé ses hommages à Mrs Lovell Mingott, une dame épanouie harnachée de satin craquant, Archer s’assit près de May, et lui dit à voix basse :

— J’espère que vous avez dit à Mme Olenska que nous sommes fiancés. Je veux que tout le monde le sache. Voulez-vous m’autoriser à l’annoncer au bal ce soir ?

Miss Welland rougit de plaisir, et lui jeta un coup d’œil radieux.

— Sans doute, si maman consent ; mais pourquoi changerions-nous ce qui est déjà arrangé ?

Il ne répondit que des yeux, et elle ajouta, souriante, à voix basse :

— Annoncez-le vous-même à ma cousine, je vous le permets. Elle m’a dit que vous étiez des camarades d’enfance.