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dignitaires de sa cour, par son État-major et par les Ministres qu’il a hissés au pouvoir en violant scandaleusement les lois fondamentales du royaume et en portant atteinte à la liberté de ses sujets.

Dans la même période, nous pouvons saisir sur le vif les suites funestes de la crédulité des Puissances alliées, de leurs tergiversations, du décousu de leur politique en Grèce et des illusions qu’elles se sont faites, lorsqu’en dépit des avertissements de leurs représentants à Athènes, elles ont espéré qu’en usant de mansuétude, et se prêtant complaisamment à d’innombrables palabres avec les ministres grecs, elles rallieraient le Roi à leur cause. Elles oubliaient qu’il avait fait son éducation militaire chez les Allemands ; elles oubliaient les circonstances de son mariage en octobre 1889 et l’adieu qu’en quittant Berlin au lendemain de ses noces, il adressait à la municipalité de cette ville : « Je me souviendrai toujours des jours heureux passés dans la capitale de l’Allemagne, lorsqu’il me fut permis de prendre part aux exercices de l’armée allemande. C’est alors que Dieu m’a accordé de pouvoir jeter les bases de ma future félicité domestique. La princesse et moi ne cesserons jamais de partager les joies comme les souffrances de la population berlinoise. » Elles oubliaient les incidents, bien significatifs cependant, qui avaient marqué ses visites à Berlin et à Paris après son avènement et le geste du Kaiser qui l’avait fait maréchal dans l’armée allemande.

Qu’à la lumière de tels souvenirs, elles aient pu croire à sa franchise, ce serait inexplicable, si leur longanimité et leur patience n’attestaient son habileté à manier le mensonge, son esprit de ruse, sa duplicité et surtout les influences plus ou moins mystérieuses qu’elles subissaient et qu’exerçaient sui elles les complices de Constantin et les ennemis de Vénizélos. Elles ont été ses dupes et il a pu se flatter « de les avoir roulées. » Mais il ne prévoyait pas alors qu’il paierait sa passagère victoire de la perte de son trône.

On ne saurait contester qu’à certaines heures sa politique ne fut pas ouvertement hostile à celle de l’Entente, comme par exemple lorsqu’elle s’inspirait du désir de ne pas compromettre les avantages qu’il devait à ses succès militaires sur les Bulgares en 1913 et au traité de Bucarest, qui en avait été le prix lucratif et glorieux. Tandis que Vénizélos, au contraire,