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avec des monarchies locales surveillées par des proconsuls. Il voulait être roi absolu, sous les ordres du ministre d’Allemagne, représentant du kaiser transformé en empereur d’Europe à la façon des Césars.

Ennemi de tout ce qui pouvait limiter son pouvoir personnel, on le voit à certaines heures ne s’intéresser qu’à ce qui le touche de près et abandonner à ses conseillers ordinaires, Streit, Stratos, Dousmanis et autres, le soin de s’occuper des détails. Il se cramponne désespérément au germanisme, qui flatte ses sentiments autoritaires, sans être assez intelligent, pour comprendre que toutes les promesses faites par son beau-frère ne sont que chiffons de papier. Ses victoires de 1913 avaient été visiblement le résultat de l’instruction technique donnée à ses armées par des officiers français, mais son orgueil démesuré lui faisait croire qu’il ne les devait qu’à son génie militaire. Il se tenait pour le premier stratège de l’Europe et volontiers il se comparait à Napoléon, en se mettant toutefois bien au-dessus. C’est à croire que son bâton de maréchal prussien lui avait totalement tourné la tête.

Son entourage allemand l’entretenait soigneusement dans ces idées, ce qui était le plus sûr moyen de se faire bien venir de lui. Un soir, au théâtre du Phalère, on joua une pièce dans laquelle tous les plus illustres capitaines de l’Histoire, y compris Napoléon, s’effaçaient devant le génie de Constantin. Le grand Empereur avouait lui-même la supériorité de celui-ci. Comme un Français, présent à cette représentation, faisait remarquer à une dame d’honneur de la Reine tout ce qu’il y avait de ridicule dans le rôle prêté à Napoléon, celle-ci lui répondit froidement : « Chacun a le sien. »


II

En opposition à ce groupe de complices de l’Allemagne, il nous faut maintenant introduire sur la scène le haut personnel diplomatique représentant, à Athènes, les gouvernements alliés. Pendant les journées de juin, il a toujours marché la main dans la main, chacun de ses membres se considérant comme solidaire des autres. Si, parfois, il existe entre eux des divergences dues aux ordres de leur gouvernement ou à leur conviction personnelle, elles sont cordialement aplanies en commun avec le souci de n’en rien laisser paraître au dehors.