Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/316

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ni par un fataliste très entêté, ni par un pamphlétaire, ni par un mystique, mais par un homme d’Etat. Cela se voit assez à ce que jamais le regard le l’écrivain n’y est fixé sur la France seule, mais toujours sur la France et l’Europe en même temps. Tous les événements importants de la Révolution intérieure y sont montrés, presque avec une certaine monotonie, comme les contre-coups des événements extérieurs. 22 juin, 10 août, journées de septembre, mort de Louis XVI, tribunal révolutionnaire, chacun de ces grands faits n’est que le retentissement à Paris d’un fait de frontières, et il n’y a pas jusqu’au 9 thermidor qui ne soit aussi, en sens inverse, l’effet d’un retour de fortune : c’est Fleurus qui a tué Robespierre. Cette vue si juste, si nécessaire, qui ôte à l’histoire de la Révolution française le caractère romanesque qu’elle peut si facilement prendre, qui l’éclaire, qui fait comprendre, sans les faire excuser, les terribles convulsions, crimes sans elle inexplicables, qui en ont marqué le cours, est le point central de l’Histoire de la Révolution. Elle révèle chez Thiers, dès sa jeunesse, le sens politique, si indispensable à l’historien, cette « intelligence » qu’il a plus tard magnifiquement louée comme étant la qualité maîtresse de l’homme d’histoire. Elle est si heureusement trouvée, qu’après l’avoir assez longtemps mise en oubli, les historiens de la Révolution y reviennent maintenant avec des documents nouveaux et en tirent le plus grand profit. Quand il n’y aurait que cette indication dans le premier grand ouvrage de Thiers, elle vaudrait qu’on le lût avec attention, et comme avec respect.

On peut reprocher à ce beau livre d’avoir tenu un faible compte de la vie des provinces pendant la période révolutionnaire. Sauf l’insurrection vendéenne, dont il a bien fallu qu’il s’occupât, Thiers porte rarement ses regards loin de Paris. Le reproche subsiste, et d’autres historiens ont bien fait de tâcher de l’éviter. Il faut songer cependant que l’histoire, à cette époque, se fait bien, quoiqu’on puisse dire, à Paris seulement. La France, au point de vue politique, reste passive. Elle n’a la parole qu’aux élections. L’histoire se fait par journées révolutionnaires, sur lesquelles-la France n’a aucune action. Cela tient, ce qu’on, ne se figure pas très exactement de nos jours, à la rapidité des événements de Paris et à la lenteur des communications entre Paris et la province. Quand une nouvelle