Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/355

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


réveille, bouillonne, remonte à la surface. Et beaucoup de passants de dire : « Qu’ils chantent, s’ils le veulent, dans leurs églises ; mais qu’ils n’en sortent pas et qu’ils prennent garde d’encombrer la voie publique. »

Dans leur bureau, les commissaires nommés par les Cinq-Cents élaboraient les mesures qui substitueraient à une précaire tolérance la liberté. Pendant ce temps, les incidents journaliers des séances marquaient l’intensité des préoccupations religieuses. « Il serait indigne de nous, disait le représentant Parisot, de maintenir une législation qui proscrit en masse toute une classe de citoyens ; » et il ajoutait : « Presque tous nos troubles ont pour origine nos dissentiments en matière de culte. » Le 5 prairial, le représentant Madier gravit la tribune et dénonça la pratique inhumaine qui, dans plusieurs départements, maintenait en réclusion les prêtres vieux et infirmes. A ce langage, l’assemblée des Cinq-Cents s’émut et décida que, par voie de message, des explications seraient demandées au Directoire. A quelques jours de là, le représentant Gilbert Desmolières, à propos d’une discussion financière, proclamait qu’il n’est point de véritable morale sans religion et déplorait que des écoles publiques toute notion chrétienne fût bannie. Si l’attention avait pu se lasser, elle eût été réveillée par l’afflux des pétitions venues des départements. Au Message sur les prêtres reclus, le Directoire n’avait point répondu. Le 25 prairial, un nouveau message fut rédigé qui signalait derechef le scandaleux abus et en sollicitait la prompte réformation.


III

Avec impatience, on attendait que la Commission publiât ses vues. Le 29 prairial (17 juin 1797), le rapport fut prêt.

Je note cette date du 29 prairial. Elle mérite d’être retenue par tous ceux qu’intéresse l’histoire de l’Eglise de France.

Deux fois depuis la Terreur, la cause de la liberté religieuse avait été solennellement plaidée. Elle l’avait été par l’évêque Grégoire à la Convention, le 1er nivôse an III. Elle l’avait été par Portalis à l’assemblée des Anciens, le 9 fructidor an IV. De ces deux manifestes, le premier avait ému le pays plus que les députés. Le second avait enrayé l’une des entreprises de la persécution sans abattre la persécution elle-même. En cette année