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1797, tout était changé, et, pour la première fois depuis la Révolution, une voix capable de prononcer de vraies paroles d’affranchissement allait retentir en une assemblée capable de les comprendre.

Le rapporteur choisi par la Commission était Camille Jordan.

C’était un député de Lyon, tout jeune encore, environ vingt-sept ans. Il était de dehors modestes. Ceux qui le connaissaient le disaient précoce par la sagesse, clairvoyant par l’intelligence, intrépide par le courage, noble par le cœur. Comme beaucoup de ses compatriotes, il portait en lui, sous une apparence un peu froide, une âme à la fois réfléchie et ardente, sensible jusqu’à l’exaltation, et tout naturellement attirée vers les sommets. Il avait à peine dix-sept ans quand, se trouvant à Vizille, pendant l’été de 1788, chez son oncle M. Claude Périer, il avait assisté à cette assemblée fameuse où des âmes sincères, éprises du bien public, rêvèrent de réformer sans détruire. Ainsi s’était allumé en lui l’amour de la liberté, belle flamme vivace et pure qu’aucun souffle de désenchantement ne réussirait à éteindre. Là-bas aussi, il avait, malgré son jeune âge, conquis une précieuse amitié, celle de Mounier, destiné à jouer, au début de la Révolution comme lui-même au déclin de la grande crise, le noble et périlleux rôle de modéré. Cependant, on vit poindre les désordres politiques et surtout les vexations religieuses. A Lyon, en 1792, des misérables envahirent les chapelles, en chassèrent les femmes qui priaient et, au milieu de toutes les insultes, en l’absence d’une police volontairement inerte, osèrent les flageller. Camille Jordan était homme de généreuse vaillance. Sous l’outrage, il éclata. En une brochure qui parut sous ce titre : la Loi et la religion vengées, il flétrit les malfaiteurs, honora les victimes et rendit courage aux honnêtes gens apeurés. La Terreur s’établit. Lyon s’insurgea. Le hasard d’une mission qui lui fut confiée par ses compatriotes éloigna Jordan de sa ville natale ; et, par-là sans doute, il échappa à la fusillade ou à l’échafaud. En 1797, au renouvellement du second tiers, le grand souci était le culte à restaurer. On se souvint de l’homme intrépide qui, dans les jours mauvais, avait combattu l’oppression. Et c’est ainsi qu’il était venu s’asseoir parmi les Cinq-Cents.

Dans la Commission sur les cultes, tous ces souvenirs, opportunément rappelés, avaient bien vite mis en relief Camille Jordan. On avait été frappé par la maturité de son esprit, son