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en foule. » Telle est la phrase que répètent tous les rapports de police. Et, en effet, un jour, dans la seule petite ville de Grasse, il arrive que vingt prêtres se trouvent réunis.

De tous les évêques partis jadis pour l’exil, aucun n’était rentré. Le retour leur était plus difficile ; car l’élévation de leur rang les eût trahis, et les autorités publiques, même très débonnaires, n’auraient pu alléguer l’ignorance. Puis la plupart avaient quitté la France pendant les premières années de la Révolution, en sorte qu’ils tombaient sous les lois implacables, rendues contre les émigrés. L’un d’eux cependant osa, dans ce temps-là, revenir en France : c’était M. d’Aviau, archevêque de Vienne.

Il n’avait quitté son diocèse qu’assez tard, avec le regret, le remords peut-être, de ses ouailles abandonnées. Il s’était éloigné par étapes successives, allant de Saint-Chamond à Lyon, de Lyon à Annecy et à Chambéry, puis enfin à Novare. Il avait séjourné à Saint-Maurice-en-Valais, et de là s’était rendu à Rome où Pie VI l’avait autorisé à se fixer. C’était un homme doux, très charitable, si simple de goûts que les privations de l’exil lui coûtaient peu, avec cela d’esprit délié, de corps vigoureux et de cœur intrépide. Les défaillances de quelques-uns de ses prêtres restés en France l’avaient consterné. « Il faut, avait-il coutume de dire, que le pasteur soit au milieu de son troupeau ; » et avec toutes les inquiétudes d’une conscience un peu troublée, il épiait la première accalmie, — si légère fût-elle, — pour regagner sa patrie. Au printemps de 1797, son dessein s’affermit. Son premier confident fut Pie VI. Celui-ci lui représenta le danger, puis, le voyant inébranlable, l’embrassa et le bénit. Le jour de son départ, il pria longuement à Saint-Pierre et aussi, en mémoire des martyrs, au Colisée. C’était aux premiers jours de mai. Il traversa l’Italie, presque toujours à pied, en robuste marcheur qu’il était. Ses vêtements étaient poudreux et souillés, à tel point qu’ayant voulu un jour se mêler à une procession qui passait sur la route, le bedeau l’écarta rudement : « Éloignez-vous, lui dit-il, ce n’est pas ici votre place. » Après six semaines de route, il franchit la frontière avec un passeport sous le nom de Lacroix. Il traversa le Dauphiné et un soir poussa sa route jusque près de sa ville épiscopale de Vienne. Il ne s’y arrêta pas, de peur d’être reconnu et se contenta de contempler de loin au bord du Rhône sa vieille cathédrale. Au mois