Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/383

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à fait. Certaines alliances d’ailleurs déconcertent. Quelle n’est pas, pour les hommes d’ordre, la perplexité quand ils voient, parmi les amis du Directoire, Talleyrand, Benjamin Constant, Mme de Staël ? Contre la lassitude de penser, l’indifférence est le remède. Il y a les théâtres, les bals publics, Tivoli, Bagatelle ; il y a les restaurants au fumet tentateur ; il y a les filles publiques tout allumées de convoitise, et l’on se rue dans le plaisir, ne pouvant se fixer dans la paix.

Ni la virulence des attaques, ni la perspective d’une dispersion prochaine ne détournait les Conseils de leur œuvre législative. La liberté religieuse avait été l’un de leurs premiers soucis. Ce fut aussi l’un des derniers objets dont ils s’occupèrent avant que la proscription ne les mutilât.

La Résolution des Cinq-Cents, relative aux prêtres déportés, avait été transmise aux Anciens pour qu’ils la convertissent en loi. Le 7 fructidor (24 août 1797), elle vint à l’ordre du jour. Le rapporteur était Muraire, jadis l’un des patrons, — mais combien désabusé aujourd’hui, — de la Constitution civile du clergé. En quelques brèves paroles, il s’éleva contre la législation en matière de culte : elle avait été sévère d’abord, puis inhumaine, et avait fini par être atroce. Faisant allusion au discours de Portalis et au vote qui avait suivi, il rappela à ses collègues que, déjà l’année précédente, ils avaient protesté contre ces rigueurs. Il fallait aujourd’hui qu’une abrogation expresse effaçât les dernières traces de décrets barbares. « Que les prêtres, dit Muraire en terminant, soient punis s’ils sont coupables. Mais que la persécution ne soit pas confondue avec la justice. » Quand le rapporteur eut fini, quelques voix demandèrent l’ajournement, mais timidement, sans trouver écho ; et incontinent, la Résolution fut approuvée. — Une question restait, celle de la promesse. Aux Cinq-Cents, la Commission chargée des affaires religieuses en délibérait. Le 10 fructidor, Dubruel, au nom de cette commission, proposa l’engagement suivant : « Je déclare que je suis soumis aux lois de la République. » Tout prêtre qui voudrait exercer publiquement le culte devrait adhérer à cette formule. Un article du projet stipulait que cette déclarai ion était purement civile et ne touchait en rien au dogme ou à la discipline. Nul ne pouvait douter que ce projet ne fût adopté par les Cinq-Cents, ratifié par les Anciens. Ainsi se trouvait virtuellement rétablie,