Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/43

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je suis libre dès que je suis représenté librement ? Le pouvoir n’a besoin que d’être surveillé par les députés, et les députés en qui réside toute la liberté de la France n’ont besoin d’être surveillés par personne. A quoi bon la liberté individuelle, sauf en temps d’élection ? Pendant tout le temps que je suis représenté, je suis libre en la personne de mon représentant, ou plutôt en la personne de la majorité des représentants de la majorité des Français. Qu’est-il besoin d’autre chose, et pourquoi une liberté particulière, quand la liberté générale existe, qui suffit, et qui est tout ? C’est un lien un peu factice, et de votre grâce, que vous établissez entre le système parlementaire et une quelconque des libertés que vous maintenez, sauf la liberté électorale en temps d’élection.

Sans aller jusqu’à ces arguments de logique outrée, et par conséquent de mauvaise foi, mais qui prouvent un peu cependant que la liberté, selon Thiers, repose sur une base excessivement restreinte et fragile, on peut et on doit dire qu’il n’y a qu’une liberté tellement générale qu’elle n’est pas réelle, qu’il n’y a qu’une liberté presque nominale et titulaire là où il y a système de centralisation.

Il n’est pas, on peut le croire, sans s’en être parfaitement aperçu. Il a très bien vu, et sous Louis-Philippe et sous le Second Empire, qu’avec la centralisation, non seulement il n’existe que cette « liberté générale, » que cette liberté au centre, que cette liberté de la Chambre législative, mais qu’encore cette liberté même est sans cesse en danger et peut très facilement être comme neutralisée et annihilée. Ce qui a remplacé en France les corps privilégiés, les corps libres, les corps autonomes d’autrefois, c’est le fonctionnaire. Les fonctionnaires sont comme les « cadres » d’une immense armée qu’on appelle la France ; la France est comme encadrée solidement dans l’armature du fonctionnarisme. Or le fonctionnaire dépend du pouvoir exécutif. Donc, quand le pouvoir exécutif demande des députés à la France, il les demande à une armée dont les cadres sont dans sa main. C’est presque comme s’il les demandait à ses agents, c’est presque comme s’il se les demandait à lui-même. La candidature officielle, avouée ou non, est le fond même et ne peut pas n’être pas le fond de toute opération électorale en France. Il n’y a en dehors d’elle que trois choses, importantes, mais infiniment moins fortes que l’organisation