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Revue dramatique


THEATRE MARIGNY : La Traversée, comédie en trois actes de M. Alfred Capus. — ATHENEE : Le Retour, comédie en trois actes et un prologue de MM. Robert de Flers et Francis de Croisset.— VAUDEVILLE : Les Ailes brisées, comédie en trois actes de M. Pierre Wolff. — COMEDIE-FRANÇAISE : Le Soupçon, un acte de M. Paul Bourget. — L’ŒUVRE : Les Créanciers, Hélectra.


Je ne crois pas que le moment soit venu de faire des pièces sur la guerre. Mais il est de toute évidence que, si l’on veut peindre la société d’aujourd’hui et en montrer les aspects nouveaux, le seul moyen est d’y suivre les répercussions de la guerre. L’auteur de la Traversée et ceux du Retour ne s’y sont pas trompés. Les deux comédies qu’ils viennent de nous donner, très différentes d’allure et de ton, se ressemblent par ce même souci de nous renseigner sur le monde où nous entrons : il est bien impossible qu’une si énorme convulsion n’y ait pas amené quelques changements.

Le titre même de la pièce de M. Capus en indique le sujet. C’est la terrible « traversée » qui a duré plus de quatre années, et tant de fois nous a menacés du naufrage. La fortune de la France n’y a pas sombré, mais beaucoup de constructions artificielles ont été emportées par la tempête. On disait naguère qu’il fallait avoir vécu aux années qui ont précédé 1789 pour connaître la douceur de vivre. Nous serions tentés d’en dire autant des années qui ont précédé la guerre. En ce temps-là on pouvait vivre de son travail et les rentiers eux-mêmes ne mouraient pas de faim, et on se plaignait ! On était heureux, et on ne connaissait pas son bonheur ! Vie facile, morale facile Une société qui met par-dessus tout le souci de son bien-être est résignée à beaucoup de complaisances. Son atmosphère est celle qu’il faut à un Noël Bargas pour s’y épanouir. Ce brasseur d’affaires est en voie de parvenir. Il ne lui manque que le suprême coup