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le Roi et ses complices en prenaient à leur aise avec la Constitution et avec les lois.

A travers ces incidents, on arrivait au 10 juillet. A cette date, deux frères du Roi, les princes André et Nicolas, partaient pour Copenhague, d’où Nicolas irait à Pétrograde et André à Paris. A la fin de l’après-midi qui précéda leur départ, ils se rendirent chez l’ancien ministre Streit, accompagnés du germanophile Métaxas. Ils y trouvèrent Gounaris. On sut par le service des renseignements qu’on avait discuté une à une les clauses du traité gréco-serbe, et que leçon avait été faite aux deux princes pour les mettre en état de justifier à Paris, à Londres et à Pétrograde, le gouvernement royal de s’être refusé à exécuter le traité et à porter secours à la Serbie.

A Copenhague, ils se séparèrent. Tandis que Nicolas se dirigeait vers la Russie, André se mettait en route pour sa destination, avec Métaxas pour compagnon de route. Nicolas s’arrêta à Stockholm. Dans les entretiens qu’il eut avec des hommes politiques, il se plaignit amèrement de l’attitude des Puissances de l’Entente, qui méconnaissaient, déclara-t-il, l’amitié du Roi pour la France et son dévouement à l’Angleterre. Mais ce fut surtout Vénizélos qu’il prit à partie. Il l’accusa de vouloir renverser la monarchie. A Pétrograde, il le qualifia de démagogue, et il s’efforça de démontrer que l’intérêt de la dynastie était mis en péril par l’appui que donnait l’Entente à l’ancien chef du gouvernement.

Pendant ce temps, le prince André arrivait à Paris ; il apparut alors clairement qu’en envoyant ses frères dans les pays alliés, le roi Constantin poursuivait un double but : d’une part, il voulait opérer un sondage et savoir si les ministres accrédités à sa cour interprétaient exactement les ordres de leurs gouvernements ; d’autre part, il espérait obtenir à Paris le rappel du ministre de France. A ce moment, M. Guillemin s’était rendu à Salonique pour voir le général Sarrail et la presse germanophile insinuait que ce voyage était le prologue de son rappel.

Bientôt après, les deux princes rentraient à Athènes. Il ne semblait pas que la mission de Nicolas à Pétrograde eût modifié les sentiments du gouvernement russe et le bruit courait qu’elle était restée sans résultat ; mais à en croire le prince André, la sienne avait mieux réussi. De Paris, il avait envoyé à Constantin plusieurs télégrammes qui n’avaient pas tous été communiqués