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II

Des quatre conditions posées à la Grèce par les Puissances alliées dans la note collective du 21 juin et dont le ministre Zaïmis avait promis formellement l’exécution immédiate, c’était la quatrième, celle qui exigeait le remaniement de la police grecque, dont les ministres de l’Entente demandaient le plus impérieusement l’exécution. Or, c’était justement à celle-là que le gouvernement royal se dérobait systématiquement, tout en déclarant qu’il faisait ses efforts pour y satisfaire.

Une première satisfaction avait été donnée à l’Entente par la nomination, au poste de préfet de police, du lieutenant-colonel Zimbrakakis. Il avait remplacé un germanophile avéré et semblait tenir à honneur de remplir loyalement la tâche qui lui était confiée. Mais comme militaire, il allait être atteint au bout de quelques mois par la limite d’âge ; s’il n’était pas nommé colonel, il serait obligé d’abandonner ses fonctions ; et ses adversaires se disaient résolus à empêcher sa promotion au grade supérieur, afin, par ce moyen, de se débarrasser de lui. Cette situation était une cause de faiblesse et ne lui permettait pas d’user de toute son autorité pour obtenir une entière obéissance à ses ordres. S’il en était ainsi dans un service dont le chef était favorable aux gouvernements alliés, c’était bien pire dans d’autres services dont les chefs leur étaient hostiles.

La multiplicité des polices existant en Grèce aggravait cet état de choses. Il y avait la police du ministère de l’Intérieur ; il y avait la police de l’Etat-major ; il y avait la police du palais ; il y en avait plusieurs autres plus ou moins dissimulées, celles de provinces notamment et que leur nombre et le mystère dont elles s’enveloppaient rendaient en quelque sorte impénétrables tant tout y était confus et embrouillé. Les changements et les mutations qui s’opéraient dans ces divers groupes ne paraissaient pas toujours au Journal officiel, et, quand ils y paraissaient, cela ne voulait pas dire que le fait était accompli. C’est donc avec raison que les ministres de l’Entente se plaignaient d’un manquement important à la parole donnée et qu’une fois de plus ils étaient conduits à penser qu’ils n’obtiendraient rien du gouvernement royal, si ce n’est en montrant la force, c’est-à-dire en recourant à la démonstration navale à