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L’EGLISE ET L’ETAT

Le projet de constitution désigne le catholicisme romain, non comme religion d’Etat, mais comme religion pratiquée par la grande majorité de la nation polonaise ; il reconnaît à l’Eglise catholique le droit d’exercer librement son culte en Pologne et de s’y régir selon les principes du droit canonique.

Beaucoup de questions restent à résoudre, entre autres celles des biens ecclésiastiques et du traitement des ministres du culte. La réforme agraire de M. Witos n’était pas encore votée, lorsque j’eus l’honneur de m’entretenir sur ce sujet avec le prince-évêque de Cracovie, Mgr Sapieha. L’air et les manières d’un grand seigneur d’autrefois, l’ouverture d’esprit et la tolérance large d’un homme d’aujourd’hui, tels m’ont paru être les deux traits dominants dans la figure du prince-évêque. Il n’a pas dépassé de beaucoup la cinquantaine, et l’extraordinaire vivacité de ses yeux noirs le fait paraître encore plus jeune. Lorsque Mgr Sapieha apprend que j’arrive de Rome, où il a vécu longtemps, dans les milieux les plus influents de la Curie et dans la familiarité de Mgr délia Chiesa, qui est aujourd’hui Benoit XV, c’est lui qui me pose mille questions sur le Vatican, sur les cardinaux romains de ses amis, puis sur la politique italienne, qu’il a toujours suivie avec attention. Tout en répondant de mon mieux, ai-je laissé percer quelque inquiétude ? Le fait est que le prince-évêque sourit et me donne licence d’interroger à mon tour. Je lui demande quelles conséquences peut avoir la politique agraire du gouvernement sur les conditions de l’Eglise de Pologne.

— Mon Dieu ! répond Mgr Sapieha, c’est le moindre de nos soucis. Il est vrai que je suis, comme évêque de Cracovie, grand propriétaire foncier. Laissera-t-on à l’Eglise ses biens ? Ou voudra-t-on les exproprier, contre le paiement d’une indemnité, qui serait distribuée, sous forme de traitement, aux ministres du culte ? Nous n’en savons rien encore. Notre seul désir, — il se reprit pour dire : notre seule volonté, — est que les ministres du culte ne deviennent pas des fonctionnaires, qu’ils restent parfaitement indépendants. En ce moment, si l’Etat voulait racheter nos biens, il devrait nous payer des sommes énormes ; ni la