Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/626

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Les choses étaient un peu plus avancées lorsque j’arrivai en Posnanie. Le cardinal Dalbor, archevêque de Poznan et Gniezno, avait quitté la ville métropolitaine pour sa résidence d’été de Krobia (Krœben). Je lui avais été présenté à Rome l’année dernière, lorsqu’il vint y recevoir le chapeau, et m’autorisai de cette circonstance pour lui demander la permission de lui rendre visite à la campagne.

Krobia est une petite ville de 5 000 habitants, située à quatre-vingts kilomètres au Sud de Poznan. Le château-fort qui la domine, aujourd’hui ruiné, appartenait jadis à l’archevêque de Poznan, qui portait le titre de « premier prince de Pologne » et a conservé celui de « curé de Krobia. » A quelque distance, une agglomération de maisons neuves représente la « colonie » allemande installée dans le pays par la fameuse Commission. Les habitants de Krobia sont pour la plupart des agriculteurs, petits propriétaires ou bien ouvriers agricoles. Les paysans, ayant longtemps appartenu à l’évêque, sont encore aujourd’hui appelés Biskupi (de Biskup : évêque) par ceux des environs. A l’hospitalité peu sympathique des villes d’eaux allemandes. Mgr Stablenski préféra la calme retraite de cette petite ville polonaise, où il se sentait chez lui ; il fit ajouter une aile au presbytère et s’y installa pour l’été ; ses successeurs ont suivi la tradition.

Le cardinal Dalbor m’accueillit avec cette affabilité et cette bonne grâce souriante qui lui ont gagné à Rome l’amitié respectueuse de tous ceux qui l’ont approché. « Vous arrivez à point, me dit-il, car je pars demain matin pour Czenstochowa, où nous avons une assemblée. Les circonstances graves où se trouve notre pays exigent que nous nous mettions d’accord sur certaines décisions. » Je m’aperçus alors que les cheveux du cardinal avaient légèrement blanchi et qu’une ombre de tristesse voilait son regard : cet ardent patriote, dont toutes les tracasseries, toutes les persécutions prussiennes n’avaient pu, durant quatre années de guerre, abattre le courage ni même altérer l’humeur, était profondément ému du nouveau danger qui menaçait la Pologne. Il ne m’en invita pas moins à l’interroger sur tous les objets qui pouvaient m’intéresser, et nous parlâmes bientôt des nouvelles conditions faites par la réforme agraire à l’épiscopat et au clergé.

— Les biens ecclésiastiques, m’expliqua Mgr Dalbor, vont être expropriés par l’Etat. Cette mesure affecte d’une manière