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rauque, revenaient comme un refrain : « J’ai confiance, notre peuple vaincra. »

L’après-midi du même jour, je rencontrai à la Diète Mgr Téodorowicz. Il me communiqua la première rédaction du magnifique appel adressé par les évêques de Pologne à l’épiscopat de toute la chrétienté. Je n’ai pas vu que ce texte important eût encore été publié dans la presse française, et ne me tiens point d’en rapporter ici les parties essentielles :

Nous nous adressons à vous dans une heure grave, écrivaient les évêques polonais, dans une heure où l’ennemi, massé devant les marches de notre patrie, menace de la subjuguer et de la détruire. Nous vous demandons de nous aider à sauver la Pologne. L’univers n’a pu accueillir avec joie la résurrection de notre pays, l’accomplissement de la justice divine à travers les siècles, pour contempler ensuite d’un cœur insensible son effondrement. Le miracle qui a permis à la Pologne de secouer ses chaînes n’aurait-il donc servi qu’à la faire retomber, abandonnée de tous, dans un esclavage mille fois pire que le premier ?

Cette guerre a été imposée à la Pologne, elle ne l’a pas provoquée ; et ce n’est pas avec le peuple russe que lutte notre peuple, mais bien avec cet élément qui a foulé aux pieds la Russie, qui a sucé le sang de ses veines, bu son âme, et qui, insatiable, se rue aujourd’hui à de nouvelles conquêtes. Ce n’est pas nous seuls que le danger actuel menace. L’ennemi qui veut nous détruire, loin de voir dans la Pologne la limite extrême de ses conquêtes, la considère comme une étape, et se servira d’elle comme d’un canal pour inonder l’univers. Car c’est l’univers que le bolchévisme veut conquérir…

En élevant la voix aujourd’hui pour la Pologne, nous plaidons la cause du monde entier. En parlant de nous, frères vénérés, c’est aussi bien à vous que nous pensons, à l’Europe, à l’univers. Car, à supposer même que le monde demeure indifférent au sort de l’Église, à la vie spirituelle, à l’esprit chrétien, il ne saurait se désintéresser de la ruine totale d’une civilisation, à laquelle le Christianisme l’a initié. Aussi est-ce à vous, vénérés frères, que nous adressons notre demande de secours. Ce que nous vous demandons, ce n’est ni de l’argent, ni des munitions : non, rien de tout cela, car nous ne souhaitons pas la guerre, mais la paix, à condition que cette paix n’ait point pour conséquence un nouveau démembrement de notre patrie et ne constitue point pour le monde entier une nouvelle menace. Ce que nous demandons, c’est un assaut de prières montant de la terre vers le ciel pour implorer le