Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/687

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notées au cours de promenades à bicyclette que la pente de ma rivière natale m’amenait à faire de Trêves à Coblence, « jouissant des villages semés sur les deux rives et des rochers abrupts mêlés aux terrasses de vignobles, parmi des circuits qui renouvelaient perpétuellement le paysage… jouissant de retrouver, au long de la rivière, les vignes sur les pentes, les maisons à pignons groupées en bourgades à chaque tournant ou allongées sur la berge étroite et toujours surmontée d’une ruine féodale, les vallées qui s’ouvrent aux deux rives et qui laissent apercevoir des donjons dans chacun de leurs dédoublements, enfin tous les éléments rhénans, proportionnés pour composer l’harmonie délicate, des paysages mosellans. Çà et là, des bancs précisent ce gentil caractère de toute la basse Moselle, heureuse de sa paix, de son demi-isolement, touchant rendez-vous des petites gens, pays de vin, non de bière, et dont les eaux transparentes apportent un peu de France à l’Allemagne. Ce ne sont point ici les grands ciels salis de bruine des antiques Burgraves, mais les nuages joliment formés promettent des pluies dont la verdure se réjouit. Et l’absence d’hommes et de bruit ne va pas jusqu’à créer la solitude, mais seulement le repos. En dépit de quelques montagnes d’une structure assez puissante, la nature dans le val de la Moselle ne trouble pas, ne domine pas le voyageur… » A côté de la Moselle plus discrète et plus tendre, un paysage du Rhin, dans toute la majesté mystérieuse que nos romantiques lui attribuent : « Après quelques instants d’une descente très âpre le long d’un sentier qui semble par moment un escalier fait de larges ardoises, je revoyais le Rhin.*. Le jour n’avait pas encore complètement disparu. Il faisait nuit notre pour le ravin où j’étais et pour les vallées de la rive gauche adossées à de grosses colonnes d’ébène ; mais, une inexprimable lueur rose, reflet du couchant de pourpre, flottait sur les montagnes de l’autre côté du Rhin et sur les vagues silhouettes qui réapparaissaient de toutes parts. Sous mes yeux, dans un abîme, le Rhin, dont le murmure arrivait jusqu’à moi, se dérobait sous une large brume blanchâtre d’où sortait à mes pieds mêmes la haute aiguille d’un clocher gothique à demi submergée dans le brouillard. Il y avait sans doute là une ville, cachée par cette nappe de vapeur. Je voyais à ma droite, à quelques toises plus bas que moi, le plafond couvert d’herbes d’une grosse tour grise, démantelée et se tenant encore fièrement sur la pente de la