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de Philippe, réforma la justice, bâtit la tour du couchant qu’on appelle encore aujourd’hui logis Nemours, meubla le château luxueusement, fit les délices d’Annecy qui, longtemps après, évoquait encore, dans les cérémonies publiques, « ce temps passé, si plein de douceur et de grâce, duquel feu Madame en son vivant l’a fait jouir si heureusement… »

Mais la renommée de Philippe et de Charlotte devait être dépassée par celle de leur fils Jacques qui mérita d’être surnommé le don Juan de la cour des Valois et qui, par surcroit, acquit la gloire de l’un des meilleurs capitaines du XVIe siècle, si fertile en gens de guerre. Ce Jacques de Nemours est le héros de la Princesse de Clèves. Ecrivant un roman historique, — ou prétendu tel, — sur la cour des Valois, Mme de La Fayette n’a pas changé le nom de son personnage : ce nom était d’ailleurs éteint depuis le milieu du XVIIe siècle, par le décès d’Henri II de Nemours, coadjuteur de l’archevêque de Reims (14 janvier 1659), ce qui la pouvait mettre à l’aise. Se battant pour la France, brillant à la cour de France, trop épris des belles dames de France, Jacques de Nemours n’avait guère le loisir d’habiter sa petite capitale. Le château d’Annecy était pourtant une résidence quasi-royale. Les experts en architecture ne sont pas d’accord sur ses origines : les uns attribuent sa construction aux Romains, les autres aux Burgondes, les derniers à la famille de Genevois. Dans un tel amas de pierres, il y a place pour tous les âges. Mais les Nemours y ont mis leur empreinte, à l’extérieur en bâtissant des tours et des pavillons, à l’intérieur en complétant fastueusement le mobilier. Déjà les comtes de Genevois avaient tendu les murs de riches étoffes décoratives, mariant avec prodigalité le satin et le boucassin blanc, le taffetas rouge et bleu, la serge rouge, la soie bleue, le velours rouge et vert, posant de grands panneaux de tapisserie à haute lice, venues d’Arras, qui représentaient des scènes de l’histoire sainte, ou des chansons de geste à la gloire d’Olivier, le compagnon de Roland, ou des épisodes de chasse, entassant sur les planchers les « tapis velus ou marchepieds » fabriqués en Orient, et principalement en Syrie, qui offraient aux yeux baissés le dessin et la couleur de feuillages, de plantes et d’animaux héraldiques. Les Nemours y ajoutèrent la splendeur de la Renaissance : tapisseries prolongeant la nature par le spectacle reposant des prés, des bois et des oiseaux, tentures faites d’étoffes de