Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/809

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l’écouter sur ce chapitre… Ayant un malade à soigner, je dois garder mon entrain et ma gaîté… Mais mon mari a été bouleversé : il a fait un peu de fièvre tous les matins, tant que la décision est restée en suspens… C’était sa terreur que sa fille ne vînt à apprendre l’existence de choses pareilles… Vous avez eu naturellement la même préoccupation que nous, cher Newland… nous savions tous que vous pensiez à May !

— Je pense toujours à May, dit le jeune homme, en se levant pour couper court à la conversation.

Il aurait voulu profiter de son entretien avec Mrs Welland pour la presser d’avancer la date du mariage, mais ne trouvant pas d’arguments capables de la convaincre, il fut soulagé de voir rentrer May et son père.

Son seul espoir était d’user de son influence sur sa fiancée, et, la veille de son départ, il alla visiter le jardin délabré de la vieille mission espagnole. L’endroit rappelait des sites européens, et May, jolie à ravir sous un chapeau dont les larges bords ombrageaient ses yeux trop pâles, souriait aux descriptions que faisait Newland de Grenade et de l’Alhambra.

— Nous pourrions voir tout cela au printemps et même passer les fêtes de Pâques à Séville, proposa-t-il, exagérant sa demande pour obtenir une plus large concession.

— Les fêtes de Pâques à Séville ! Mais le carême commence dans un mois !

— Enfin, bientôt après Pâques, afin que nous puissions nous embarquer à la fin d’avril…

Elle sourit à ce rêve, l’assimilant aux aventures merveilleuses décrites dans les poèmes que son fiancé lui lisait à haute voix.

— Continuez Newland, j’adore vos descriptions !

— Mais pourquoi vous contenter de mes descriptions ?… Pourquoi ne pas voir les lieux mêmes ?

— Nous irons, sûrement, l’année prochaine.

— Pourquoi pas plus tôt ?… insista-t-il.

Elle baissa la tête, se dérobant au regard de son fiancé.

— Pourquoi rêver encore un an ?… Regardez-moi, chérie… Comprenez-vous que je veux que vous soyez ma femme ?

Elle leva sur lui des yeux d’une franchise si limpide qu’il laissa tomber le bras dont il lui enserrait la taille. Mais soudain le regard de May changea, devint profond et indéchiffrable…

— Je ne sais pas si je vous comprends, dit-elle. Pourquoi