Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/836

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C’était peu de jours après l’assassinat, à Sarajovo, de l’archiduc François-Ferdinand. Étaient présents à cette conférence : le comte Stürgh, président du Conseil d’Autriche ; le comte Tisza, président du Conseil de Hongrie ; le chevalier de Bilinski, ministre des Finances communes ; le chevalier de Krobalin, ministre de la Guerre ; le baron Conrad de Hœtzendorf, chef de l’état-major ; le contre-amiral de Kailer, représentant du ministre de la Marine ; enfin, le conseiller d’ambassade, comte Hoyos, chargé du procès-verbal.

Le comte Berchtold ouvrit la conférence, en déclarant que son objet était d’examiner si, après l’assassinat de l’Archiduc-héritier, le moment n’était pas venu de rendre la Serbie à jamais inoffensive. Il apportait l’assurance que l’empereur Guillaume et le chancelier Bethmann prêteraient à l’Autriche-Hongrie un appui sans réserve ; et, d’accord avec Berlin, il lui semblait préférable d’agir à l’insu de l’Italie et de la Roumanie, afin d’éviter des chantages. L’intervention de la Russie ne faisait guère de doute, car toute sa politique tendait à faire l’union des États du Balkan (y compris la Roumanie) pour les lâcher au moment opportun contre la Double Monarchie. Aussi était-il d’avis d’agir sans plus tarder et d’arrêter, par un prompt règlement de comptes avec la Serbie, cette poussée balkanique, qui deviendrait irrésistible, si l’on attendait encore.

Ces idées de Berchtold, Tisza les connaissait déjà, pour les avoir entendu exprimer par le Comte, le 1er juillet précédent ; et il en avait été si vivement ému que, le même jour, il écrivait à l’empereur François-Joseph que cette manière de voir lui semblait une erreur fatale, et dont il ne voulait en aucune façon partager la responsabilité. Prenant à son tour la parole, il reconnut que les dernières révélations sur le meurtre de l’Archiduc, et l’insolence de la presse de Belgrade, rendaient l’éventualité d’une guerre avec la Serbie plus prochaine qu’il ne l’avait cru au lendemain de l’attentat. Mais il déclara que jamais il ne donnerait son consentement à une attaque brusquée, « sans crier gare » (ce fut son mot), comme on semblait en avoir l’intention et le comploter à Berlin, d’une façon fort regrettable. C’eût été mettre l’Autriche-Hongrie en mauvaise posture devant l’Europe et attirer sur elle l’hostilité du Balkan tout entier, à l’exception des Bulgares, trop affaiblis en ce moment pour être d’un appui efficace. A son avis, il fallait donc