Page:Revue des Deux Mondes - 1921 - tome 61.djvu/674

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la plupart de ses navires, il n’est pas en mesure de payer les réparations sur son capital actuel. Il devra évidemment les payer peu à peu sur ses revenus annuels, c’est-à-dire sur le produit du travail de sa population. La question essentielle n’est donc pas, je le répète, l’état des finances; c’est l’état de l’industrie, du commerce, de l’agriculture. Capacité de paiement, capacité productive, deux termes corrélatifs, deux idées inséparables. En dernière analyse, c’est grâce à des exportations de fournitures ou de services que s’effectueront les paiements. Entendez-moi. Je ne veux nullement dire que toutes les exportations allemandes devront se faire sur la France et sur les autres États qui sont, comme elle, créanciers au titre des réparations. Loin de là. J’ai expliqué, au contraire, l’autre jour, qu’il serait extrêmement dangereux de donner une part prépondérante à ces paiements en nature. Mais le développement général des exportations permettra à l’Allemagne de se procurer des ressources, à l’aide desquelles elle pourra nous payer. A mesure qu’elle exportera davantage, sa capacité de paiement s’accroîtra. Or, j’ai déjà dit, il y a quelques mois, que la balance commerciale lui était redevenue favorable. Depuis lors, le mouvement que j’avais signalé n’a pas cessé de s’accentuer et, tandis qu’en France, malgré les louables efforts de nos producteurs, notre balance est restée passive, tandis que nos importations n’ont diminué que de dix pour cent et que nos exportations ne se sont augmentées que de soixante-quatre pour cent, l’Allemagne, elle, a complètement retourné, pour l’année 1920, le signe de ses comptes et, d’après les chiffres que nous pouvons connaître, elle a atteint, pour l’excédent de ses exportations sur ses importations, le chiffre respectable de un milliard huit cents millions de marks.

C’est qu’aussi bien, si nous consultons les bulletins consacrés aux questions économiques dans les journaux comme la Frankfurter Zeitung, la Vossische Zeitung, le Berliner Tagblatt, ou si nous lisons-avec quelque attention le Bulletin d’informations économiques de Coblence, nous constatons que l’industrie allemande se relève partout avec une rapidité prodigieuse. Je présidais ces jours-ci, à l’Union des Grandes Associations Françaises, une très remarquable conférence de M. Georges Blondel, professeur au Collège de France. Ce savant maître, qui est allé plusieurs fois en Allemagne depuis la signature de la paix, en a rapporté des informations édifiantes. Du côté d’Essen, de Dortmund, de Bochum, la métallurgie travaille à plein. Les grandes maisons à la tête desquelles se trouvent les Krupp, les Thyssen, les