Page:Revue des Deux Mondes - 1923 - tome 16.djvu/156

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m’en fiche, j’ai été assez effrayé jusqu’à présent ; s’il y a des surprises, j’en subirai les conséquences. Un point, c’est tout.

Jeudi, 23 septembre.

Aujourd’hui, j’ai pu me rendre au préau, il fait un temps superbe ; quoique le soleil, qui s’éloigne insensiblement de la terre, fut moins brillant, il réchauffait encore l’air, dont la température était tiède.

Pendant que j’admirais le ciel, je vis, à mon grand étonnement, un groupe d’hirondelles, ailes déployées, fendre l’espace et disparaître dans la direction de l’Orient. Elles s’en allaient vers des pays plus cléments, emportant avec elles les dernières splendeurs de l’été. Voici venu le pâle automne, qui vient prendre sa place chez nous. De nombreux oiseaux dont les chants égayent le bocage nous ont quittés en groupes pour aller s’abriter sous d’autres cieux ; ceux qui nous sont demeurés fidèles, ne craignant point les rigueurs de notre climat, restent silencieux et se préparent, afin de pouvoir résister aux assauts des mauvais jours. Les feuilles aux jolies teintes se détachent une à une des branches, volent dans l’air et viennent couvrir le sol où elles seront foulées aux pieds, où elles pourriront ; les fleurs ont vieilli, se sont flétries, et bientôt elles perdront le restant de leur éphémère parure. Le vent du Nord siffle sa triste complainte et fait rouler les nuages sous la voûte du ciel, les aurores apparaissent plus pales, le brouillard et l’atmosphère grisâtre enveloppent la nature de plus en plus dépouillée.

Ô saison, qui émerveilles mes yeux flattés et puises aux trésors de ton incroyable palette les tons merveilleux dont se couvre la nature expirante… Ô saison pleine de mélancolie, où un silence pieux plane sur la nature immortelle, qui perd ses plus beaux attraits et meurt lentement pour revivre au printemps prochain… Ô saison de tristesse et d’adieu, où l’on soupire, où l’âme s’emplit de souvenirs mélancoliques.

Dans l’après-midi, j’entends pleurer à diverses reprises, ce dont je suis douloureusement impressionné.

Vendredi, 24 septembre.

Je remets une carte postale adressée à ma chère femme ; rien de spécial à noter.