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REVUE DU PAYS DE CAUX

Que peut-on espérer ? Que le temps amènera une détente ? Que quelque jour une subite poussée de raison et de fraternité groupera pacifiés, autour du trône Autrichien, Allemands et slaves. Ce serait un absurde espoir. Les Allemands et les slaves se détestent chaque jour davantage. L’arrogance hautaine et la jalousie haineuse ont creusé entre eux un abîme qu’il faudrait de bien longues années pour arriver à combler. François-Joseph n’attendra pas si longtemps pour descendre au tombeau et sa mort rompra la dernière passerelle jetée d’un bord à l’autre.

Mais ce que ses peuples ne sauraient faire bénévolement peut leur être imposé. Les Allemands d’Autriche ne sont pas les plus forts et la coalition des peuples slaves suffirait à les retenir dans le giron commun. Sans doute, mais ce serait alors la guerre civile et comment l’empereur d’Allemagne s’y prendrait-il pour rester neutre et ne pas intervenir ? Croit-on qu’il pourrait laisser à sa porte écraser des Allemands sans leur venir en aide ? C’est alors que, chez lui, « les fusils partiraient tout seuls ». Or, l’intervention de l’Allemagne c’est l’intervention forcée de la Russie, c’est, par conséquent, la guerre générale.

Il n’est pas du tout certain, quoiqu’on en pense, que Guillaume ii convoite l’annexion à son empire des provinces Allemandes d’Autriche. Sans doute (voyez la carte ci-jointe) cette annexion le conduirait si près de Trieste qu’on ne pourrait plus guère lui en disputer la possession. Et Trieste, c’est l’Adriatique, la route libre vers l’Orient, le chemin raccourci vers l’Extrême-Orient. Mais cette même annexion, en renforçant en Allemagne l’élément catholique et Bavarois, rendrait très difficile de gouverner par la Prusse. Or, c’est par la Prusse que l’empereur Guillaume gouverne. Bismarck, qui décidément avait la vue basse, ne calcula point qu’un jour pût venir où les poids de l’Allemagne Prussienne et de l’Allemagne non Prussienne s’équilibreraient. Il voyait sous ses yeux, l’Autriche devenue une ellipse avec deux foyers, Vienne et Budapest. L’idée ne lui vint pas que le même sort pût être réservé à l’Allemagne. Il supputa l’électorat présent et raisonna comme si, de par les statistiques, l’Allemagne devait toujours demeurer numériquement soumise à la Prusse. Que deviennent ses combinaisons, si la Bavière s’accroît de neuf